Mémoire d'encrier

  • Gerda Cadostin, femme d'origine paysanne, raconte grandeurs et malheurs d'Haïti, avec un premier roman percutant, qui relate avec force et dans une langue flamboyante, la vie de trois générations de femmes au village de Guérot.

    Résumé
    Écriture du corps. Humour corrosif. Narration nouvelle. Mémoire ancrée dans l'imaginaire créole. Gerda Cadostin campe avec brio une galerie de personnages hauts en couleur : la vieille Sang Cochon, le clan des Estimé, les Esprits du vaudou, les pères invisibles, et les soeurs jumelles, Joséphine et Aline, qui prennent pour époux le même homme. Laisse folie courir fait entendre les crépitements et odeurs du pays d'enfance. Ces visages et univers singuliers sont servis par une langue belle et audacieuse.

    Extrait
    Ses yeux épiant l'entourage et les clôtures. Bien en chair dans sa vieille dodine sur la galerie, tante Mézine admet sans surprise l'impossibilité des jumelles à dormir séparées et la possibilité de se placer toutes les deux ensemble avec le même homme.
    - Oui, le même homme ! s'enflamment les jumelles habillées en nuances de rose dedans dehors de la tête aux pieds du devant-jour à l'angélus.
    - En 60 ans de vie religieuse dans le département de l'Artibonite, chuchote-t-elle, tant de vies s'échinent entre impossible et surnaturel.
    Les deux soeurs réconfortées par tante Mézine se hasardent. De bébés en gestation à ceux dans les bras des femmes. Célibat avancé. La trentaine devant leur porte. Joséphine et Aline ont envie d'accoucher elles aussi. Sans rien changer dans leurs habitudes. Sans autre souffle dans leur souffle. Un accroc aux usages. Un seul mari pour deux soeurs. Un mari chez elles. Dans leur maison à elles. Héritée de leurs parents Sidieu et Mirasia.

    L'auteure
    Née en Haïti en 1958, Gerda Cadostin vit en France. Laisse folie courir est son premier roman.

  • Centré sur la vie d'une famille de colons dont la plantation est frappée par une malédiction naturelle, Balai de sorcière est un roman foisonnant où la réalité tragique est travaillée par la magie du carnaval.

    Traduit de l'anglais par Christine Pagnoulle

    Résumé
    Balai de sorcière Balai de sorcière retrace l'histoire de la malédiction coloniale d'une île des Caraïbes. Le roman raconte les traversées, dévoile mémoires et archives, chemine entre grandeurs, misères et mythes. Puisant dans la tradition du carnaval, Lawrence Scott brouille les pistes, renverse perspectives et hiérarchies. Le dernier représentant de la dynastie des Monagas de los Macajuelos, Lavren, merveilleux conteur, « lévite entre les siècles, les races, les genres, dans les interstices du temps, à l'écoute du désir des femmes et du silence des hommes ».

    « Balai de sorcière » désigne une malédiction naturelle frappant les planteurs. En effet, ce balai de sorcière est le nom du foisonnement bleu-vert provoqué par un parasite qui donne aux rameaux des arbres attaqués, en l'occurrence les cacaoyers, l'aspect hirsute d'un balai et dont les conséquences pour le planteur (la stérilité de l'arbre) sont suffisamment sinistres pour évoquer la sorcière.

    Extrait
    Lavren Monagas de los Macajuelos, le dernier des Monagas, qui lévite entre les siècles, les races, les genres, dans les interstices du temps, à l'écoute du désir des femmes et du silence des hommes

    Point de vue de la traductrice
    Dans ce récit échevelé, la réalité tragique est travaillée par la magie du carnaval. Le résultat est un texte croustillant comme du bon pain, un texte léger qui appelle la gelée de goyaves, mais aussi un texte qui continuera longtemps, bien mieux que n'importe quelle enquête, n'importe quel traité historique, à nous faire vivre les failles et déchirures sur l'île de Trinidad / Kairi, et l'espoir indomptable de mains qui se tendent.

    L'auteur
    Fils d'un père allemand et d'une mère française appartenant à l'aristocratie terrienne de Trinidad, Lawrence Scott est un auteur incontournable de la Caraïbe anglophone.

  • Abandon

    Joanna Pocock

    Traduit de l'anglais par Véronique Lessard et Marc Charron

    Résumé
    Alliant chronique, récit de soi et de la nature, Abandon raconte l'Amérique indomptée et ses paysages sauvages. À l'aube de la cinquantaine, Joanna Pocock quitte sa vie londonienne pour le Montana. Elle observe le territoire, découvre l'imaginaire frontalier de l'Ouest américain et ses extrêmes. Elle traverse les forêts et les montagnes, dialogue avec les rivières, les loups et les bisons, relate ses expériences : maternité, deuil, crise climatique, réensauvagement, écosexe... Consciente de ce que l'humanité perd dans sa relation avec la terre, elle se met à l'écoute de ces communautés qui disent la fragilité de ce que c'est que vivre. En restituant l'Amérique dans sa démesure, Abandonaide à respirer.

    Extrait
    Parfois, tout ce que nous pouvons faire, c'est nous abandonner à nos circonstances, à nos désirs et à nos peurs, à notre besoin d'évasion, à nos échecs, à notre douleur, à notre état sauvage intérieur, à notre domestication et, de ce fait même, à l'essence qui est au centre de notre être.

    Échos de presse
    Il a fallu une femme pour écrire ce livre. Une écriture qui dit : Je suis ici, à l'intérieur d'un corps, un corps qui change, en interaction avec le monde qui change.
    Irish Times

    Envoûtant et profondément émouvant, Abandon nous oblige à considérer notre place dans un monde qui a plus de passé que d'avenir.
    The Spectator

    Abandon est une contribution importante à la bibliothèque de la nature
    Chloe Aridjis

    L'auteure
    Née à Ottawa, Joanna Pocock vit à Londres, où elle enseigne la création littéraire. Abandon, son premier livre, est acclamé par la critique.

  • « Dits d'insoumission afin de déboulonner assises et nations. »

    Résumé
    "Je veux écrire à marée basse."

    Rien du tout, c'est l'espace où tout s'effondre, la forme, le genre, l'être. S'ouvre le trou noir, auquel il faut revenir pour naître. Ces fragments frôlent l'extinction, débordent, fuient, rejoignent la chute, les limites. Se mêlent et se contaminent générations, itinéraires, désirs. Dits d'insoumission afin de déboulonner assises et nations. L'écrit revendique sa survie, irrécupérable, jusqu'à la fin.

    Extrait
    Écoute : je ne cherche pas à rétablir, à déterrer les preuves, je ne cherche pas à me refaire une histoire pour revenir à quelconque origine. Je chante les mémoires minées, une dislocation désirante, je chante le coeur effondré des étoiles, l'horizon absolu d'un trou noir qui défigure l'espace-temps, je chante l'orgasme et la dépossession. Les glaciers fondent, relâchent des bactéries millénaires. À marée basse, on découvre les corps des noyés. Je veux écrire à marée basse.

    Point de vue de l'auteure
    Ce livre marque un autre rapport au genre, à la forme, à l'écriture. Il y a quelque chose de beaucoup plus vulnérable, mais aussi de beaucoup plus risqué. Je ne me mesure pas à la certitude des formes. Je ne suis plus intéressée par les prothèses narratives, les personnages, les événements. Je veux retracer autre chose. Le mouvement d'effritement de la vie même. Je veux que mon écriture veille les nombreuses extinctions dont nous sommes témoins.

    L'auteure
    Née à Montréal, Olivia Tapiero fait partie des voix les plus assumées de sa génération. Écrivaine et traductrice, elle a publié chez Mémoire d'encrier en 2017 Phototaxie.

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