La découverte

  • Le capitalisme, une fois terrassé l'ennemi communiste en 1989, s'est retrouvé sans contre-modèle. Tout à son hubris de vainqueur, ce système effréné a adopté les tares du vaincu : bureaucratie, opacité, autoritarisme, inégalitarisme. Il ne manquait plus que la preuve par le virus : la pandémie de Covid-19 a fait office de révélateur et d'accélérateur en cette année 2020. Trente-quatre ans après Tchernobyl, qui avait signé l'arrêt d'obsolescence du " socialisme réel ".
    Rongée par la financiarisation galopante, au service d'une nomenklatura échappant à l'impôt, cette économie globale de marché en est venue à saper les services publics et à désintégrer la classe moyenne, gage de démocratie. Tournant le dos aux approches keynéso-rooseveltiennes, débarrassé du devoir d'incarner un modèle attractif aux yeux de populations vivant sous un régime communiste, le système a muté. Et ce pour déboucher sur un capitalisme de surveillance propre à deux puissances laboratoires en la matière : la Chine et la Russie.
    L'heure est au droit de grève traité en activité anticapitaliste, aux samizdats électroniques (Leaks en tous genres), voire aux dissidents (d'Edward Snowden à Julian Assange) ; tandis que Donald Trump prend des airs de Nicolae Ceausescu. Le tout sur fond de croyance indécrottable en un marché total - le pendant de l'État total des démocraties populaires de naguère. Trente et un ans après la chute du mur de Berlin, voici que le soviétisme s'avère stade suprême du capitalisme.

  • Friction : que se passe-t-il dans les " zones-frontières " où se développe une économie sauvage, ravageant les ressources, les plantes, les animaux, les forêts et les cultures humaines ? Où aucun droit ne limite plus la puissance de bandes armées qui constituent l'avant-garde d'un capitalisme à la fois moderne et archaïque ? Anna Tsing nous emmène à Bornéo chez les Dayaks meratus, mais ce pourrait aussi bien être en Amazonie au Brésil.
    Friction : comment entendre le cri de tous ceux et celles - humains et non-humains - qui disparaissent dans un maelstrom de destructions où la forêt laisse place à des plantations de palmiers à huile ? Comment apprendre à regarder une forêt que l'on croyait sauvage comme un espace social, habité ? Comment faire l'histoire de la botanique en redonnant aux peuples indigènes le rôle qui a été le leur ?
    Friction : comment des lycéens et des étudiants indonésiens amoureux de la nature ont-ils appris, pas à pas, à refaire de la politique sous la dictature ? Comment les alliances les plus boiteuses peuvent-elles être fécondes ?
    Friction : comment faire de l'ethnographie sans se plier aux règles de l'orthodoxie académique, sans théorie à vérifier, mais en fabulant, en rendant perceptibles des aspects de la réalité souvent considérés comme accessoires ? Avec Anna Tsing, il faut apprendre à mettre en suspens nos routines perceptives et nos jugements normatifs, apprendre à sentir et ressentir, à développer une culture de l'attention, apprendre avec ce qui la fait hésiter, avec ce qui l'oblige à multiplier les manières de raconter, les méthodes ethnographiques.

  • L'histoire commence le 24 septembre 1853 avec la prise de possession de la Nouvelle-Calédonie par la France de Napoléon III, et elle ne s'achèvera pas le 4 octobre 2020, quel que soit le résultat du scrutin par lequel les habitants du Caillou sont appelés, pour la seconde fois, à voter pour ou contre l'indépendance de l'île. Le processus inédit engagé par les accords de Matignon de 1988, consécutifs à la tragédie de la grotte d'Ouvéa entre les deux tours de l'élection présidentielle de cette année, puis par l'accord de Nouméa de 1998, dont le préambule reconnaît pour la première fois officiellement le fait colonial de la République française, touche à son terme.
    Après une transition de trente ans, la Kanaky-Nouvelle-Calédonie, ainsi que voudraient la nommer les tenants de l'indépendance, est-elle prête pour la pleine souveraineté ? Les clivages entre Kanak et Caldoches, qui ont fait des dizaines de morts pendant les années 1980, ne sont pas effacés, mais ils se sont reconfigurés, laissant aujourd'hui ouvertes aussi bien la possibilité de leur dépassement que celle d'un nouvel embrasement.
    Archipel géographique, mosaïque ethnique, concentré d'invention poli-tique, la Nouvelle-Calédonie est aussi un laboratoire institutionnel et un modèle d'intelligence collective qui nous parle, au présent, de ce qu'était notre passé et de ce que pourrait être notre avenir. Cette île, qui fut l'une des rares colonies de peuplement de la France et dont le peuple autochtone - les Kanak - a failli disparaître, pourrait-elle constituer la première décolonisa-tion réussie de l'État français et être, grâce aux pratiques de ce peuple, le lieu d'un autre rapport à la terre, d'une économie non capitaliste et d'une politique de long terme, pour habiter ensemble un monde postcolonial ?

  • En quoi la montagne constitue-t-elle un milieu à part, et de quelle montagne parle-t-on ? De celle des agriculteurs, des résidents secondaires, des écologistes, ou de celle des aménageurs du territoire... ? On doit parler "des" montagnes : un pluriel, source d'enjeux contradictoires. À quoi sert un office du tourisme ? Pourquoi interdire à un paysan de moderniser sa maison, sous prétexte que les transformations ne sont pas dans le style du pays ? Qu'est-ce qui justifie qu'un site soit dévolu au ski et à l'immobilier, ou classé et protégé ? Qui décide et comment ? Des conflits sur lesquels, le plus souvent, les montagnards eux-mêmes n'ont pas prise, ou si peu... Certes, il ne s'agit pas de bricoler une nouvelle utopie rustique, peuplée de "bons sauvages". Au contraire, en s'appuyant sur des données concrètes et actuelles, ce livre plaide pour que les montagnes redeviennent un banc d'essai de l'invention démocratique. Des montagnes où pourrait s'essayer une politique régionale plus proche des réalités vécues par leurs habitants ; une politique génératrice d'identités fortes, et porteuse de réelles coopérations transfrontalières. Au coeur même de ces coopérations, se joue peut-être l'intégration européenne, non seulement économique, mais aussi sociale et solidaire.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • En quoi la montagne constitue-t-elle un milieu à part, et de quelle montagne parle-t-on ? De celle des agriculteurs, des résidents secondaires, des écologistes, ou de celle des aménageurs du territoire... ? On doit parler "des" montagnes : un pluriel, source d'enjeux contradictoires. À quoi sert un office du tourisme ? Pourquoi interdire à un paysan de moderniser sa maison, sous prétexte que les transformations ne sont pas dans le style du pays ? Qu'est-ce qui justifie qu'un site soit dévolu au ski et à l'immobilier, ou classé et protégé ? Qui décide et comment ? Des conflits sur lesquels, le plus souvent, les montagnards eux-mêmes n'ont pas prise, ou si peu... Certes, il ne s'agit pas de bricoler une nouvelle utopie rustique, peuplée de "bons sauvages". Au contraire, en s'appuyant sur des données concrètes et actuelles, ce livre plaide pour que les montagnes redeviennent un banc d'essai de l'invention démocratique. Des montagnes où pourrait s'essayer une politique régionale plus proche des réalités vécues par leurs habitants ; une politique génératrice d'identités fortes, et porteuse de réelles coopérations transfrontalières. Au coeur même de ces coopérations, se joue peut-être l'intégration européenne, non seulement économique, mais aussi sociale et solidaire.

empty