Éditions Nota bene

  • Dans un monde où l'interdit mène à un questionnement moral, la raison est une maladie. La perception pure, l'obligation de la maintenir, enfièvre celui qui redoute la possibilité d'un autre monde et l'intrusion malicieuse de ses « créatures ». Chez Georges Bataille, les femmes incarnent cette dimension insidieuse, elles qui jouissent, prédatrices comme des louves, la fente velue comme des bêtes. Simone, Dirty et Hélène reprennent le langage corporel des désaxés pour mettre en péril la conscience et la vie. Si cette férocité se manifeste de manière moins draconienne chez Anne Hébert, les héroïnes y sont tout de même possédées par l'angoisse. L'outrance - sous les manifestations de la frustration et des pulsions sexuelles - fait de ces femmes des étrangères à qui l'on assigne les noms de diable, de folle, de sorcière. Ainsi ponctuent-elles le récit, orientant le scandale vers la lumière pour mieux révéler la désagrégation de leur existence. On les croirait alors venues d'un ailleurs où le corps malade - en voie de se débarrasser des idéologies - est par lui-même un « envers du monde » laissant soudainement transparaître sa phénoménalité.

  • « Deviens ce que tu es », se dit à lui-même l'enfant du millénaire, avant de comprendre qu'à l'époque virtuelle qui est la nôtre il ne sera pas simple de répondre à cette injonction. En ressassant ses souvenirs, ses lectures et en soupesant les paroles de ses proches, engagés dans la même incertitude, une voix cherche à se dire, un être cherche son chemin en empruntant les sentiers de l'essai lyrique pour recomposer les fragments de sa vie.

  • Pour opérer son passage entre l'univers de la revue et celui du livre, Contre-jour propose ici non pas un bilan de son existence en tant que cahiers littéraires, mais plus intimement un album de famille. En feuilletant ce regroupement d'essais, le lecteur reconnaîtra (ou découvrira) l'esprit de Contre-jour. Même s'il a ruisselé sur des pentes et en des directions diverses, cet esprit possède une même source : la croyance qu'il se cristallise dans la littérature quelque chose de mystérieux et de puissant, quelque chose qu'on ne se lasse pas d'interroger puisqu'on sent qu'une part de nous, et du monde, nous y attend.
    Tous les collaborateurs de ce livre, qui ont fait partie du comité de rédaction des cahiers littéraires à un moment ou un autre, ont choisi eux-mêmes un texte que les années, la lassitude, la lente répudiation de ce qu'on a été n'ont pas encore réussi à épuiser.

  • Le présent ouvrage propose de reconsidérer les schémas qui orientent souvent le discours récent sur la filiation et l'héritage à partir d'un cas de figure précis : celui de l'appropriation productive de textes qui appartiennent à une tradition éloignée. Le corpus à l'étude est constitué de romans, de nouvelles et de recueils de poèmes québécois parus entre 1989 et 2011, qui proposent un dialogue intertextuel et/ou hypertextuel avec les oeuvres de Thomas Bernhard et de Peter Handke. L'examen attentif d'un tel dialogue entrepris par sept écrivains québécois (Normand de Bellefeuille, Diane-Monique Daviau, Denise Desautels, Nicole Filion, Catherine Mavrikakis, Rober Racine et Yvon Rivard) dévoile que les revers dans la transmission ne consacrent nullement l'empêchement de l'auteur contemporain de se tourner - de manière parfois fulgurante - vers des modèles élus, inattendus. Ici, une telle association à des auteurs du canon littéraire germanophone est interprétée à la lumière du concept d'affiliation, qui évoque une adhésion choisie à des contenus d'héritage, mais par laquelle l'écrivain contemporain ne met pas en péril l'originalité profonde de sa propre démarche. Le concept permet ainsi de décrire le travail d'écrivains contemporains qui ne se contentent pas de développer de réelles formes d'appropriation et/ou de réception productives, mais dont l'entreprise tend à renforcer leur propre signature d'auteur dans le lien qu'elle développe avec un héritage littéraire. Les principes de l'affiliation sont exposés à partir d'une typologie quadripartite qui permet par surcroît de relever des modes d'appropriation du canon au sein de textes contemporains et d'éclairer les inflexions spécifiques qu'adoptent ces modes d'appropriation dès lors qu'il est question d'un héritage issu d'une tradition étrangère.

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