Littérature traduite

  • « C'est en Égypte qu'Arthur Lomax contracta l'habitude qui, à la suite d'expériences diverses, le conduisit finalement à l'échafaud.
    En Égypte, la plupart des touristes portent des lunettes bleues. Arthur Lomax suivait cette mode aussi incongrue que prudente. En compagnie de trois personnes qu'il connaissait à peine, mais à l'intimité desquelles il avait été forcé par les exigences du yachting, il contemplait le Sphinx. Mais Lomax s'intéressait moins au Sphinx qu'au phénomène produit par les lunettes qu'il portait. En fait, il avait déjà classé le Sphinx comme une chose complètement surfaite. Pourtant, comme il arrive souvent, déçu de ce côté-là, il avait été, de façon imprévue, richement récompensé d'un autre. Le monde était changé pour lui et, s'il avait pu le savoir, son avenir entier modifié par ces deux cercles de verre teinté. »Publié en 1924, ce récit, inspiré par les voyages que la muse et amie de Virginia Woolf a effectués, offre l'histoire singulière d'un gentleman anglais dont la vie bascule tragiquement au cours d'une croisière.Traduit de l'anglais par Brigitte Carcenac de Torné.

  • « Il y a maintenant trois semaines que nous sommes en mer. C'était peut-être une idée folle de suivre Laura. »
    Une croisière autour du monde aux côtés de la femme qu'il aime. C'est ainsi qu'Edmund Carr, journaliste d'une cinquantaine d'années, a choisi de passer les derniers mois qu'il lui reste à vivre. Il a délibérément caché à Laura, la jeune veuve dont il est épris, la nature de ses sentiments et le mal qui l'accable. Au fil des jours, Edmund sent la passion grandir en lui, et avec elle, la jalousie. Pourquoi Laura passe-t-elle autant de temps avec le séduisant colonel Dalrymple ? Que faisait-il au sortir de sa cabine en pleine nuit ?
    Huis-clos amoureux dans l'univers confiné d'un paquebot de luxe, La Traversée amoureuse confirme le talent d'observatrice de Vita Sackville-West et son incroyable modernité.

  • « Margaret prétend qu'elle veut épouser un peintre, dit Sylvia, en regardant sa fille avec compassion. - Quoi ! s'écria la duchesse, un peintre ? Quel peintre ? A-t-on jamais entendu chose pareille ? La fille de lady Roehampton épouser un peintre ? Mais non, mais non... Vous épouserez Tony Wexford, et nous verrons après ce qu'on pourra faire pour le peintre », ajouta-t-elle, en lançant à Sylvia un coup d'oeil rapide. Dans cette chronique grinçante de l'aristocratie anglaise du début du XXe siècle, Vita Sackville-West fait craquer sous les passions le vernis des bonnes manières.

  • « Pourquoi avoir choisi Mr Gatacre comme victime ? Je suppose que vous n'avez rien à lui reprocher ?- En partie parce qu'il était petit, frêle, facile à endormir... Et je ne tenais pas à ce qu'il souffre. »Westease, adorable village de la campagne anglaise, préservé des horreurs d'une guerre encore toute fraîche, est bien tranquille... trop, peut-être ?Lorsque Roger Liddiard, jeune et brillant romancier, s'y arrête au volant de sa Jaguar, il en tombe amoureux et décide de s'y établir, non loin du Professeur, vieux gentleman solitaire, du peintre Wyldbore Ryan, et de Mary Gatacre, la fille du révérend.Voici que Mr Gatacre est assassiné, sans raison ni indice évidents... Liddiard brûle de résoudre l'énigme. Sans savoir à quel point sa propre responsabilité pourrait être engagée.Traduit de l'anglais par Micha Venaille.

  • « Ça n'a pas démarré tout de suite. Notre histoire d'amour a suivi un cours peu ordinaire. Si elle a culminé dans le bruit et la fureur de la passion, elle a débuté dans le calme et la tendresse. »
    Mère négligée, ami trahi, mari trompé, fiancée non épousée... La plupart saignent en silence, quelques-uns en viennent aux extrémités, mais c'est toujours la même épreuve : la trahison de l'unique, en qui l'on croyait. Ces histoires d'amour ratées, Vita Sackville-West a le don de les exposer avec une suprême élégance. Quelques traits acides suffisent à mettre à nu les faux sentiments, quelques notes sourdes à souligner les promesses non tenues. À la fois tendre et méchante, elle excelle dans la cruauté feutrée. Quoi de plus adapté à son art que le récit de ces Infidélités ?

  • Quand Virginia Woolf, aussi fascinante et au venin aussi meurtrier que cette horreur, la vipère du Gabon (Bitis gabonica) la mord au coeur en lui disant qu'elle « écrit de l'extérieur », sous-entendu qu'il vaudrait mieux qu'elle fasse autre chose, Vita Sackville-West aurait pu répondre qu'elle, Virginia, ne connaissait rien au jardinage, occupation aussi meurtrière si on la conçoit comme un des Beaux-Arts. Elle ne le fit pas, sans doute parce qu'elle était trop blessée, trop généreuse et - même si c'est démodé - trop bien élevée pour faire ce genre de répartie. Il suffit de lire ce petit livre, musical comme un jardin anglais, pour retrouver à la fois l'artiste et la jardinière, c'est-à-dire aussi bien des images de rêve que des conseils pratiques à toutes celles (tous ceux) qui ont, ou qui désirent avoir la main verte. Rimbaud le savait : « La main d'un maître anime le clavecin des prés » - P.R.

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