• Interdite de littérature par son amante Virginia Woolf, Vita Sackville-West (1892-1962) prend en un éclair conscience des trésors qu'elle possède : un mari et un jardin. Son mari, le diplomate Harold Nicolson, conçoit l'architecture et dessine les plans de ce qui deviendra le somptueux jardin de Sissinghurst dans le Kent, que Vita, aristocrate anglaise exubérante, transgressant sans vergogne les règles de l'art des jardins, transforme à quatre mains : elle fait surgir de terre une mosaïque de couleurs, une jungle asymétrique, une orgie dans l'aurore ou le soleil couchant, mais aussi... un extraordinaire jardin blanc. Attention, prévient-elle « j'aime la couleur, qui me met en joie, mais j'ai une prédilection pour le blanc. Les ombres d'un vert glacé que la blancheur peut prendre sous certains éclairages, au crépuscule ou au clair de lune, surtout au clair de lune, peut-être, font du jardin un rêve, une vision irréelle, et l'on sait cependant qu'il ne l'est pas le moins du monde puisque il a été planté exprès. » Ce journal, qui n'est pas sans évoquer, mais en plus féminin et en plus anglais, L'année du jardinier de Karel Capek, est un superbe traité d'horticulture. Les conseils pratiques, organisés par saisons, raviront tous les amoureux de jardins... et de littérature. Les jardins de Sissinghurst sont aujourd'hui les plus visités d'Angleterre.

  • « Il y a maintenant trois semaines que nous sommes en mer. C'était peut-être une idée folle de suivre Laura. »
    Une croisière autour du monde aux côtés de la femme qu'il aime. C'est ainsi qu'Edmund Carr, journaliste d'une cinquantaine d'années, a choisi de passer les derniers mois qu'il lui reste à vivre. Il a délibérément caché à Laura, la jeune veuve dont il est épris, la nature de ses sentiments et le mal qui l'accable. Au fil des jours, Edmund sent la passion grandir en lui, et avec elle, la jalousie. Pourquoi Laura passe-t-elle autant de temps avec le séduisant colonel Dalrymple ? Que faisait-il au sortir de sa cabine en pleine nuit ?
    Huis-clos amoureux dans l'univers confiné d'un paquebot de luxe, La Traversée amoureuse confirme le talent d'observatrice de Vita Sackville-West et son incroyable modernité.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Vita Sackville-West. Brillant portrait de la haute société anglaise du début du XXe siècle, "Au temps du roi Edouard" est la peinture d'un monde disparu, celui des "Edwardians" qui sous le règne du roi Edouard VII n'acceptaient déjà plus le code strict et inhumain de l'époque de la reine Victoria, mais étaient encore bien loin du scepticisme naturel de celle du roi George VI. Menant leur vie mondaine, aussi brillante que vaine, entre sévérité du victorianisme et émancipation de l'après-guerre, ces aristocrates mécontents de leur classe osaient avoir des passions mais n'osaient pas avouer qu'ils en avaient. Ils observaient peu la morale mais respectaient les convenances. Craignant le scandale plus que la souffrance, ils étaient prêts à se sacrifier pour des préjugés qu'ils n'avaient plus. Nulle mieux que Vita Sackville-West, fille de Lord Sackville et amie intime de Virginia Woolf, ne pouvait peindre à la fois la splendeur et l'inquiétude de cette époque de transition.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Vita Sackville-West. Knole, Téhéran, Virginia Woolf, le groupe de Bloomsbury, Sissinghurst, telles sont les étapes de l'acheminement intellectuel, spirituel, émotif aussi, d'une grande dame de la littérature anglaise, Victoria Sackcville-West, qui n'a jamais écrit que ce qu'elle souhaitait écrire. Ses romans sont le résultat d'une perception aiguë d'une certaine atmosphère sociale et d'un certain climat de la personne humaine, cherchant sa vérité dans les limites - noblesse oblige - qui lui sont imposées. "Escales sans nom" est moins un roman qu'une sorte de testament de la sensibilité. Victoria Sackville-West est là, tout entière avec sa soif intacte de nouveauté. Simplement, elle sait que bientôt tout peut finir. Le bateau sur lequel se trouvent ici assemblés quelques inconnus est un champ clos où chacun a sa valeur propre et où règne un type très particulier de liberté. Le héros peut y vivre les ultimes bribes de son existence en complet désaccord avec ce qu'il a été jusque-là. Les escales, qui n'ont pas de nom - nous sommes en marge de toute dimension spatiale -, ne sont que des jalons d'état d'âme, de sérénité, d'inquiétude, d'illusion. L'amour éprouvé par l'homme qui va mourir est une harmonie complexe du coeur, de l'intelligence et de la religion mondaine. En apprenant l'amour, il se prépare à la mort.


  • Quand Virginia Woolf, aussi fascinante et au venin aussi meurtrier que cette horreur, la vipère du Gabon (Bitis gabonica) la mord au coeur en lui disant qu'elle « écrit de l'extérieur », sous-entendu qu'il vaudrait mieux qu'elle fasse autre chose, Vita Sackville-West aurait pu répondre qu'elle, Virginia, ne connaissait rien au jardinage, occupation aussi meurtrière si on la conçoit comme un des Beaux-Arts. Elle ne le fit pas, sans doute parce qu'elle était trop blessée, trop généreuse et - même si c'est démodé - trop bien élevée pour faire ce genre de répartie. Il suffit de lire ce petit livre, musical comme un jardin anglais, pour retrouver à la fois l'artiste et la jardinière, c'est-à-dire aussi bien des images de rêve que des conseils pratiques à toutes celles (tous ceux) qui ont, ou qui désirent avoir la main verte. Rimbaud le savait : « La main d'un maître anime le clavecin des prés » - P.R.

empty