• Il y a un seul amour.
    Ou plutôt, n'y a-t-il qu'un seul amour ? Parle-t-on du même amour pour une oeuvre ou pour l'être aimé ? Qu'en est-il de notre amour ? semble adresser Amigorena à celle qu'il aime et qui ne sera pas auprès de lui cette nuit. N'a-t-il pas déjà écrit tout au long de sa vie sur des musées, des expositions, des peintures ? Oui, cette promenade nocturne au musée Picasso sera donc une tentative de s'extraire de l'amour, de prendre la distance nécessaire pour tenter d'y mettre des mots.
    Justement les mots, il les dépose, les juxtapose et joue avec. Au coeur du musée endormi, les interrogations deviennent des affirmations, les affirmations des interrogations. Tenant résolument le fil de l'amour, Amigorena attend, dans le sommeil et les rêves, que les oeuvres le guident et lui apportent quelques réponses. Dans cette nuit de solitude forcée, où s'invitent Picasso, Giacometti ou encore Vermeer et Bataille, il explore avec pudeur et profondeur le sentiment amoureux, l'écriture, les oeuvres, et ce qui inextricablement les lie. 

  • "Vicente Rosenberg est arrivé en Argentine en 1928. Il a rencontré Rosita Szapire cinq ans plus tard. Vicente et Rosita se sont aimés et ils ont eu trois enfants. Mais lorsque Vicente a su que sa mère allait mourir dans le ghetto de Varsovie, il a décidé de se taire.
    Ce roman raconte l'histoire de ce silence - qui est devenu le mien."

  • «Pourquoi les mains volubiles d'Alvaro «El Sopa» Aguirre étaient-elles plus expertes que les miennes? Pourquoi Gonzalo «Fon» Fonseca aimait-il l'effroyable laideur de Gabriela «Viejos Días» Arnesto? Pourquoi la langue de Sandra «Narigona» Cladera, langue soyeuse, tempérée, n'a-t-elle pas contaminé celle de la jeune carpe que j'étais? Pourquoi la mère de Margarita, gardienne et négociante de sa croupe avertie, connaissait-elle mon surnom?
    Mais pourquoi diable la pulpe de nos dires demeure-t-elle toujours étrangère aux fruits de notre désir?»

  • 1978

    Santiago H. Amigorena

    1978, début d'une nouvelle année scolaire dans un lycée parisien, du côté du XIIIe arrondissement. Un très bel étranger, un Argentin, débarque, en retard dès le premier jour comme il le sera tous les suivants, dans une classe de première qu'il va considérablement marquer de sa personnalité. Mélancolique, talentueux, ombrageux, provocateur et séduisant, il ne laisse personne indifférent et perturbe passablement les cours, au grand dam de certains professeurs, pour le plaisir ou l'agacement de ses condisciples, garçons et filles. Sans aucun doute, selon un angle assez déconcertant, puisqu'il se présente comme un roman et que cette fois un narrateur (un des élèves de cette classe de première) prend en charge le récit, ce livre s'inscrit dans l'entreprise autobiographique de Santiago Amigorena. Il se situe donc avant Le Premier Amour, à ce moment de la vie où l'entrée dans l'âge adulte, l'adieu difficile à l'enfance, les élans amoureux contrariés, la découverte du monde et des autres, la question de l'engagement politique vous mobilisent tout entier. S'y ajoute pour notre personnage la dimension cruelle qu'apporte un exil non choisi et une personnalité hors du commun qui en fait le centre du groupe de jeunes gens dont nous allons suivre l'existence et les émois durant une année.
    C'est qu'en effet, en dehors même du héros, tellement attachant, tellement différent, toujours en train de pleurer, toujours en train d'aimer, ce qui fait le prix de ce livre c'est le talent avec lequel Santiago Amigorena nous plonge non seulement dans ce temps du lycée mais dans celui des commencements de la « vraie vie ».

  • «Après le second exil, lorsque j'embrassais une fille, j'avais souvent l'impression que ma bouche abritait trois langues. Était-ce seulement parce que, égaré dans ce pays inhospitalier dont les habitants partout dans le monde sont célèbres pour leur hippophagie et pour leur mauvaise odeur, le français était pour moi un nouveau langage?
    Abasourdi par mille et un changements, je ne savais que faire de cet excès de paroles possibles qui ne franchissaient jamais l'enclos de mes dents. J'allais donc ainsi, enlaçant les mots, rendant purs les sons, et propageant mon silence.
    Car l'exil a ceci de remarquable qu'en nous rendant bilingues, il crée la possibilité de se taire dans une nouvelle langue.»

  • Peut-on aimer deux personnes à la fois? La question est si simple et la réponse inévitablement si compliquée. Surtout lorsqu'elle n'est pas formulée par celui qui a doublement aimé mais par l'un de ceux qui devaient se contenter de la moitié d'un amour. Les quelques jours de ce voyage en Italie racontent ce qu'a vécu un homme qui n'était plus aimé qu'à moitié.

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