• À Lisbonne, une nuit, dans un bar, un homme parle à une femme. Ils boivent et l'homme raconte un cauchemar horrible et destructeur : son séjour comme médecin en Angola, au fond de ce « cul de Judas », trou pourri, cerné par une guerre sale et oubliée du monde. Un humour terrible sous-tend cet immense monologue qui parle aussi d'un autre front : les relations de cet homme avec les femmes.
    « Il est l'un des plus grands, un auteur essentiel, le découvreur d'un monde. » Le Point « Lobo Antunes nous précipite dans des mondes quotidiens que son écriture flamboyante, torrentueuse, transforme en violentes épopées. » M. Gazier, Télérama

  • Un jeune sous-lieutenant, après avoir servi en Angola pendant vingt-sept mois, rentre au pays où il ramène un tout jeune orphelin. Il va élever cet enfant noir, qui a survécu à la destruction de son village et au massacre des siens par l'armée portugaise, comme son propre fils. Plus de quarante ans plus tard, le vétéran et sa femme font le trajet depuis Lisbonne pour rejoindre la vieille maison de famille, dans un village reculé, quasi abandonné, quelque part au pied des montagnes. Dans trois jours, conformément à la tradition, on tuera le cochon. Comme chaque année, leur fille, leur fils adoptif, son épouse les rejoignent pour l'occasion. Or ce jour-là, l'animal ne sera pas le seul à se vider de son sang.

    L'écrivain portugais a renoncé à parler comme un livre, mais il n'est pas question pour lui d'écrire comme on parle. Il invente un parler qui ramasse en lui tout le savoir-faire de l'écriture et la fait oublier.
    Hédi Kaddour, Le Monde

  • Avec une liberté de ton qui ne s'interdit aucune fantaisie et est généreusement partagée avec le lecteur, grâce à un brassage unique d'images foisonnantes, de réminiscences et de sensations, António Lobo Antunes signe un nouveau livre d'une grande puissance poétique, écrit dans une langue qui sonde les profondeurs les plus intimes d'un univers (le nôtre) trouble, insaisissable et poignant.

  • Contre les berges de Lisbonne, l'histoire jette ses héros en vrac. Poètes, navigateurs ou colons déchus de l'Angola indépendant, ils apportent, venus de plusieurs siècles, l'image du déclin qu'ils ont vécu : celui de l'empire par deux fois brisé - en 1578 avec la domination espagnole et en 1975 avec la fin des colonies d'Afrique. Rien de plus furieusement baroque que cette traversée de l'histoire portugaise où Vasco de Gama, Luis de Camoëns, ressuscités de Lusiades ou d'ailleurs, se perdent, arbitrairement défigurés, dans le Lisbonne d'aujourd'hui qu'ils ne reconnaissent plus. Et Luis sillonne l'histoire et la ville sans lâcher le cercueil où pourrit le corps de son père, signe d'un présent toujours en mal de ses racines. Car dans cette civilisation occidentale en pleine déchéance, on espère encore le retour des caravelles.

  • « J'éprouvais une légère douleur à l'estomac, une espèce de nostalgie très ténue : la faim, pensa-t-il, je dois avoir faim. Ou alors je vieillis. Ou bien je suis malade, comme les chevaux d'attelage qui ne sont plus bons à rien. Les oiseaux, expliquait son père, appuyé à la margelle du puits de la ferme, meurent très lentement, sans raison, sans s'en rendre compte, et un beau jour ils se réveillent le ventre en l'air, le bec ouvert, flottant dans le vent. » Dans ce chef-d'oeuvre de la mémoire, mêlant - souvent dans une même phrase - les passés, les présents, les avenirs de ceux et celles qui l'entourent, Rui S. nous mène, vers une mort souvent annoncée. Illusion, poésie, satire : António Lobo Antunes, qui veut faire d'Explication des oiseaux son hommage - et combien magnifique - à Fellini, s'impose, après Le cul de Judas, Fado Alexandrino, Le retour des caravelles, comme un très grand écrivain européen.

  • En lieu et place d'un divan, le corps de Nuno, jeune toxicomane l'agonie sur son lit d'hpital. La sance se prolonge tel un tango diabolique. Infirmires, parents et proches dfilent. Nuno coute, depuis son coma, le frntique dbit de ses visiteurs : ressentiments, amertume et dceptions se dversent l'envi. Pour fuir cette chorale dsespre, il se souvient des instants heureux... Qu'on se rassure : La Mort de Carlos Gardel n'est pas un livre triste. Au contraire, c'est un roman dsespr, mais trs drle, souvent mme bouffon, lyrique, arien. Christophe Mercier, Le Point

  • « En contrepoint de ses oeuvres de fiction, António Lobo Antunes, dans Livre de chroniques, ne cesse de laisser penser ses sens. Il bouscule une fois encore nos idées reçues sur l'écriture, fouille les labyrinthes de la mémoire, architecture ses obsessions : la guerre - celle des sexes, celle des États, celle des groupes sociaux, toutes celles qui donnent envie de « regarder, avec une émotion croissante, une gravure poussiéreuse dans le grenier qui montre une jubilante multitude de pauvres autour de la guillotine où l'on coupe la tête de rois » -, la cruauté, la désespérance. « Peut-être qu'il fait toujours nuit quand on a grandi ? » Le Livre de chroniques refermé, comme chaque page écrite par António Lobo Antunes depuis Le Cul de Judas, incite le lecteur à pénétrer dans cette nuit afin de mieux entendre la sienne. » Claire Juliet, Le Passe-Muraille

  • Recluse dans un appartement de Lisbonne, confiée par le neveu de son mari défunt aux soins d'une employée de maison, une vieille actrice vit ses dernières heures. Celle qui a fait une carrière modeste sur les planches sent progressivement la parole se refuser à elle. Les souvenirs ressurgissent : des moments savoureux alternent avec d'autres plus sombres, António Lobo Antunes tisse une infinité de fils passant d'un personnage à l'autre avec une liberté effrontée, sans jamais perdre son humour. Tous ses personnages pourraient reprendre à leur compte cette confidence de l'un d'entre eux : Si au moins quelqu'un voulait bien me prendre dans ses bras, me faire sentir qu'il y a une place pour moi dans ce monde. Lire la prose du plus grand écrivain portugais - qui est aussi l'un des écrivains majeurs de son temps - est une expérience rare, dérangeante et captivante à la fois. Comme un rêve éveillé. Comme entrer dans les ténèbres de Faulkner ou de Virginia Woolf. Bruno Corty, Le Figaro

  • « Si vous avez du Portugal l'image un peu irréelle d'un pays noyé de brumes atlantiques, un pays où l'on module son mal de vivre, sa saudade au rythme torturé et virtuose du fado, la prose torrentielle d'António Lobo Antunes risque de faire sur vous l'effet d'un électrochoc. Amateurs d'épure, de littérature écrite au cordeau, d'histoires idylliques et d'amours admirables, s'abstenir. [...] On ne balaie pas des siècles d'oppression et de privilèges, on ne fait pas s'effondrer des murailles de silence avec quelques jolies phrases pleines d'opprobre et de sévérité. Lobo Antunes : la vigueur salutaire d'une littérature coup de poing. » Michèle Gazier, Télérama

  • « Vous avez renoncé à un livre sur la guerre en Angola en vous décidant à écrire  Bonsoir les choses d'ici-bas ? - Quand j'ai commencé, le livre n'avait pour ainsi dire rien à voir avec l'Angola. Le sujet, c'était les sectes religieuses. C'était relativement inspiré de faits réels. Mais au deuxième chapitre, le livre s'est modifié et j'ai compris qu'il ne voulait pas de cette histoire... Avant je me lançais dans un livre avec des plans très détaillés, maintenant je m'embarque pratiquement sans rien, celui-ci j'ai commencé à l'écrire sans rien. - Que s'est-il passé ensuite ? - L'idée m'est venue des diamants, des agents... Un livre m'apparaît toujours davantage comme un organisme vivant, il fait ce qu'il veut. Et je dois le suivre à la trace, faire ce qu'il exige. C'est un organisme indépendant. - Il y a au moins dix voix principales dans ce roman. Elles sont apparues au fur et à mesure que vous écriviez le roman ? - Exactement. - Comment faites-vous pour ne pas vous perdre dans ce carrousel de voix, sans un schéma, sans un plan ? - Hum... il se fait tout seul. Toujours plus. - Vous venez de dire qu'il s'agissait d'un Angola inventé... - Tout comme le Portugal est inventé... » (Lucas Coelho, Milfolhas, Novembre 2003)

  • À travers les monologues alternés d'une mère et de ses trois enfants, derniers rejetons déchus d'une riche lignée de colons portugais en Angola, ce roman dresse le sombre bilan d'un processus historique d'avilissement d'une catégorie d'êtres humains, sur quoi reposaient les fastes d'une société féodale de planteurs. Au fil d'évocations tragiques et de scènes bouffonnes, entrelaçant l'atmosphère d'un pays déchiré par la guerre et celle des temps de la prospérité coloniale, ces personnages explorent les plis et les replis de leur mémoire, dévoilent les arcanes de leurs vies antérieures, plongent dans les lointains douloureux de leur conscience, là où la déflagration du souffle dans leurs corps se fait cri. Autant de personnages qui, minés par la folie à force de vivre à contre-destin, resteront écartelés entre leur attachement ombilical à l'Afrique de leur enfance et la honte d'admettre que cette Afrique de rêve recouvrait un effroyable cauchemar.

  • « Il faut le dire: on est bouleversé. Au-delà de ses beautés fulgurantes, l'écriture de Lobo Antunes rend réelle cette idée que nous sommes à chaque instant tous ceux que nous avons été. [...] Personne n'écrit comme lui et il écrit comme personne. » Alice Ferney, Le Figaro « Telle est la magie de la phrase chez António Lobo Antunes : elle s'enroule autour de vous et vous attire dans les replis de la conscience. Un tour de force aussi bouleversant qu'addictif. » Florence Noiville, Le Monde « L'addiction à cette littérature est telle, quand on a goûté une première fois ces mots éparpillés dans le temps, l'espace, la faune, la flore, la pensée... [...] Tous les livres d'António Lobo Antunes sont secoués par ces injonctions contraires de la pensée, source d'angoisse et de libération. Comme toujours, la poésie des origines triomphe. » Marine Landrot, Télérama « Il faut plus voir dans le bousculement raffiné de l'écriture et dans le déplacement délibéré des mots dans la phrase la hargne toujours active d'un écrivain dressé contre les conventions de tous ordres. » Muriel Steinmetz, L'Humanité

  • « Faut-il que le poids de la grandeur portugaise déchue soit encore assez fort pour qu'un jeune écrivain éprouve le besoin de s'en débarrasser par une aussi violente dérision. » Dominique Fernandez, Le Nouvel Observateur « Les images fusent, retombent, les phrases s'allongent démesurément avec la méticuleuse précision que donne la nostalgie, des éclats d'histoire vous assaillent, mêlés à la hantise de la vieillesse et de la solitude. Il y a ceux que Lobo Antunes agacent, ceux qui l'admirent. Nul doute qu'il est un vrai écrivain. » Nicole Zand, Le Monde

  • « De livre en livre, Lobo Antunes affine sans cesse un langage d'une puissance inouïe qui fait de la douleur d'individus égarés au bord d'eux-mêmes le symbole même de la condition humaine. » Hugo Pradelle, La Quinzaine littéraire « Il faut entrer [dans l'écriture d'António Lobo Antunes] et s'y laisser couler. Le rythme, alors, vous hante dès que vous y avez goûté. » Florence Noiville, Le Monde des livres « Lire la prose du plus grand écrivain portugais est une expérience rare, dérangeante et captivante à la fois. Comme un rêve éveillé. Comme entrer dans les ténèbres de Faulkner ou de Virginia Woolf. » Bruno Corty, Le Figaro

  • Maria Clara, "Mademoiselle", l'homme de la maison, livre pensées et souvenirs. Une villa d'Estoril abritant connivences et conflits entre maîtres et domestiques. Le casino où la grand-mère joue l'argent que lui donne sa dame de compagnie. Une soeur haïe pour sa beauté. Un père aimé, sans famille, retiré dans un grenier dont il défend l'entrée, jusqu'au jour où il part subir à l'hôpital une opération à coeur ouvert. Maria Clara s'empare alors de la clef. Au fond des armoires la relique d'une filiation ignorée : photos, cahiers d'écolier, jouets. Autant d'indices sur lesquels Maria Clara s'arrête et se perd au fil d'une enquête généalogique. Le récit prolifère, bifurque, se contredit dans un jeu de conjectures et de surimpressions. Cette chronique mobile d'une enfance enfouie apparaît enfin comme le journal intime de Maria Clara rédigé trente ans plus tard. L'objet du récit devient alors l'histoire de sa propre création, renvoyant au premier genre de l'histoire littéraire : la cosmogonie.

  • Un dimanche de Pâques. Il pleut sans discontinuer sur Lisbonne. Une femme se meurt, veillée par ses enfants qui s'entredéchirent. Tour à tour, ils se remémorent les heures fastes de leur histoire, lorsque l'élevage de taureaux de combat faisait la fierté

  • À Lisbonne au fil d'une journée de naufrage et de révolte morale, un jeune psychiatre exorcise ses démons: la blessure d'un amour trop intense pour ne pas être sans espoir, la hantise des ses souvenirs de guerre en Angola, sa conscience exacerbée de mener une existence vide et de servir une institution dont il condamne le rationalisme forcené. À travers cette confession d'un homme en quête de lui-même, et pour qui l'écriture, retrouvant sa vertu rédemptrice, devient un moyen passionné de s'intéresser aux autres, de multiplier sa vie, c'est de son douloureux apprentissage "consistant à être vivant" dont nous parle Lobo Antunes dans ce premier roman de jeunesse (1979). Un roman où souffle déjà l'inspiration des grandes sagas à venir, tant par le regard à la fois tendre et irrévérencieux jeté sur les personnages, que par la fantaisie d'un style qui donne au récit l'attrait d'un conte de fées maléfique.

  • « D'António Lobo Antunes, probablement le romancier européen le plus doué de sa génération, on sait peu de chose : naissance bourgeoise en 1942, études de médecine, un service militaire de plus de deux ans en Angola, et un poste de psychiatre à Lisbonne. Le reste est à imaginer à partir des livres. Des romans qui ne ressemblent à rien de connu, mais qui entretiennent suffisamment de liens entre eux pour que l'on puisse, sans l'ombre d'une hésitation, conclure à l'existence d'une oeuvre véritable, d'un univers personnel : le propre d'un grand créateur, qui invente de nouveaux prismes à travers lesquels on peut y interpréter le monde différemment. António Lobo Antunes est un auteur très neuf, mais s'il faut, à son sujet, évoquer un grand ancêtre, c'est à Céline que l'on pense : le même non-respect de toutes les valeurs établies, un sens de la bouffonnerie désespérée, le goût pour l'Hénaurrme toujours prêt à verser dans l'onirique, le génie de la prolifération des images et des mots. En tout état de cause, il semble déjà que, depuis John Kennedy Toole et sa Conjuration des imbéciles, aucun auteur étranger de cette dimension ne soit apparu. » Christophe Mercier, Commentaire (1994)

  • Une quête, celle de Paulo, pour retrouver un monde calciné entrevu à travers le miroir de la chambre de ses parents. Une famille dont il a été cruellement exclu. Son père, un clown à la poitrine gonflée qui, chaque soir, après son spectacle, rentre avec un amant différent. Sa mère, obsédée par le parfum des mimosas, qui se vend pour un quart de vin et l'illusion d'être caressée par un mari perdu. Que ferai-je quand tout brûle ? Un récit sur les cicatrices honteuses et douloureuses de l'enfance qui font de nous ce que l'on est : un père travesti, une mère légère, une serveuse qui rêve de dynamiter une geôle, un pauvre vieux qui, depuis sa mansarde, croit régenter le monde. Que fera-t-il quand tout brûle ? Retourner sur cette plage hantée par le cadavre de son père et, comme lui, presser le piston, fuir, ou bien écrire pour que le passé jamais ne brûle ?

  • « En quinze ans, Antonio Lobo Antunes est devenu l'un des emblèmes du Portugal de l'après-salazarisme. À cinquante-trois ans, il fait partie de la génération qui, avec Lidia Jorge, José Cardoso Pires et José Saramago, a renouvelé depuis vingt ans les lettres portugaises, jusque-là hantées par le fantôme de Fernando Pessoa et dominées par la figure rebelle mais en définitive traditionaliste de Miguel Torga. C'est peut-être lui qui symbolise le mieux le va-et-vient entre le passé et le présent, entre le Portugal de la dictature et celui de la démocratie, avec au milieu cette fracture béante qu'a constitué la guerre coloniale en Afrique, en Angola en particulier. Antonio Lobo Antunes y a servi vingt-sept mois, entre 1971 et 1973, comme jeune médecin militaire. Sa principale occupation: l'amputation des blessés, le plus souvent à la scie de charpentier. De cette sale guerre, il aurait pu revenir infirme ou putschiste: il en revint héros et écrivain.» (Antoine de Guademar, Libération, octobre 1995)

  • Dans ces « Chroniques », António Lobo Antunes introduit son lecteur dans les antichambres de ses grands romans, en évoquant avec tendresse et ironie son enfance et sa jeunesse dans les faubourgs d'une Lisbonne salazariste, ses aïeux austères, ses tantes bigotes, les idoles sportives de son adolescence, ses échecs amoureux, ses débuts dans l'écriture, sa solitude... Autant de fables et de paraboles qui ont les propriétés et les charmes des maquettes d'un édifice, en ce sens qu'elles nous permettent d'apprécier sous d'autres angles l'oeuvre et le talent du grand romancier.

  • « J'ai décidé de ne faire un livre qu'avec des femmes. Après la révolution, il y a eu un climat de guerre civile. Un mouvement d'extrême droite a tué beaucoup de gens, notamment le Premier ministre Sá Carneiro. Pendant un an, ce mouvement a été dirigé par l'ex-président de la République, le général Spinola. Je raconte cette période vue par les femmes de ces personnages masculins, les "crocodiles", ces femmes à qui on ne disait pas tout. Ce sont choses supposées, devinées, qui sont évoquées par ces épouses, ces maîtresses, ces veuves. Cela permet plusieurs registres. C'est un beau défi de ne prendre que des femmes. L'une est sourde, l'autre a un cancer, une autre est très grosse. Les crocodiles, ça vient d'un texte de Tchouang-tseu où il exhorte ces bêtes-là.» (Antonio Lobo Antunes, 1998)

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