Robert Laffont

  • Il y a plus de trois mille ans, une enfant noire est recueillie au bord de la mer Rouge. On l'appelle Tsippora, l'"Oiseau". La couleur de sa peau a déjà décidé de son avenir: nul ne la voudra pour épouse.
    Un jour, pourtant, près d'un puits, un homme la regarde comme aucun autre. Il s'appelle Moïse et fuit l'Égypte.
    Amante passionnée, épouse généreuse, Tsippora la Noire, l'étrangère, la non juive, porte la destinée de Moïse à bout de bras. Oubliant ses craintes et ses doutes, il entend grâce à elle le message de Dieu et léguera à l'humanité ces lois qui, aujourd'hui encore, protègent les faibles contre les forts.
    Hélas, son amour pour Moïse condamne Tsippora: dans la cohorte des Hébreux de l'Exode, son destin de femme à la peau noire la rattrape...
    Actrice oubliée de la Bible, Tsippora est l'incarnation de l'intelligence et de l'amour. Faible parmi les faibles, la première elle comprend le plein sens du rôle accordé à Moïse.Cette lucidité fait d'elle, après Sarah, une héroïne d'une modernité confondante.

  • Née en Vendée dans les années vingt, orpheline à sept ans... Son destin est tout tracé : elle sera épouse et mère, soumise à la volonté de Dieu.
    Sa vie, déjà difficile, devient un véritable calvaire quand on la marie, trop jeune, à un homme sournois et cruel. Comme il est d'usage dans la France de cette époque, ses souffrances resteront muettes, étouffées par le conformisme social et la rigueur religieuse. Face aux épreuves, elle opposera toujours une force extraordinaire - puisée dans l'amour total qu'elle porte à ses treize enfants et dans sa foi absolue en Dieu.
    En retraçant cet itinéraire, proche par bien des côtés d'un chemin de croix, Yves Viollier a surtout voulu rendre hommage au courage et à la détermination dont savent souvent faire preuve les êtres humains les plus démunis.

  • Venise, 1524.
    David Reubeni s'explique calmement devant le conseil des Juifs de la ville. D'où vient cet homme au regard sombre, qui semble indifférent à la crainte comme à l'espoir qu'il inspire ? Il se dit général d'une armée du désert, envoyé de son frère, Joseph, qui règne sur le mystérieux territoire de Chabor... Il expose son projet fou : lever en Europe une armée juive, afin de créer un royaume sur la terre d'Israël, alors aux mains des Turcs. Où va-t-il ? A Rome, obtenir l'appui du Pape - à qui il promet, si l'entreprise réussit, le contrôle des Lieux saints de Jérusalem.
    Pendant sept ans, cet homme surgi de nulle part va marquer la politique des cours d'Europe et nourrir les rêves de tout un peuple. Du pape Clément VII au roi du Portugal, de François 1er à Charles Quint, David Renbeni va partout déjouer les intrigues, contourner avec diplomatie les obstacles - de l'hostilité au simple scepticisme - pour convaincre les puissants que son plan, seul, fera justice à son peuple tout en préservant leurs royaumes de l'expansion menaçante de l'islam. Il y parviendra presque.
    Bientôt, pour les millions de Juifs d'Europe, expulsés d'Espagne, convertis de force au Portugal, persécutés ou au mieux tolérés ailleurs, David Reubeni devient le Messie. Partout des foules le suivent ou l'attendent, partout des exaltations mystiques font grandir sa légende. Son plan si parfaitement agencé, l'équilibre politique si parfaitement observé - tout va céder sous l'élan même des forces qu'il a contribué à créer.
    Après sept ans d'efforts, après avoir résisté aux tentations de la passion et de la gloire, perdu lui-même entre son projet d'origine et le rêve qu'il a fait naître, David Reubeni se retrouve dans les geôles de l'Inquisition...

  • Là, une fois séchée, devant la glace, souvent je m'arrêtais. Mon expression hagarde tout à coup me sautait aux yeux. Je me touchais les joues, la bouche, le corps. Je me demandais qui j'étais ou plutôt qui était cette image éperdue, sans cesse hors d'elle-même, à courir après soi, sans plus pouvoir se retrouver. Qu'est-il arrivé à Helena Vannek ? Tout a commencé avec la mort de sa mère à la fin de l'hiver. Le règne du père est arrivé. Un jour, sans crier gare, il a ramené un étranger à la maison : Guido, soi-disant son apprenti. D'où le sortait-il ? Toute la famille s'est prise d'affection pour Guido : le père, bien sûr, qui lui était attaché on ne sait comment ; la soeur d'Helena, qui l'a mis sous sa griffe de jeune chatte ; son frère, qui trouvait en lui le frère inespéré venu le sauver du chagrin. Et puis, à son tour, Helena, qui s'est mise à l'aimer tout court. En même temps, bribe par bribe, Helena a découvert le destin qui accablait Guido. Et elle n'a plus eu qu'une idée : l'en sauver. Elle ignorait, la pauvre, ce que l'on sait depuis les Grecs : on ne vainc pas le destin. Toutefois, il arrive qu'en s'y frottant, on lui découvre d'étranges attraits...

  • Un village tranquille, une belle femme, un tableau qui ne devait pas être vu... et des morts
    Rocafrème est un village de l'Ardenne liégeoise semblable aux autres : un curé, un charcutier, des artisans, etc. Mais il abrite aussi un artiste peintre, José Cohen, venu s'y réfugier sous l'Occupation. Et une très jolie personne, la fille du charcutier. Le peintre a décidé la belle Thérèse à poser nue au bord de la rivière. Le tableau, confié à un marchand de Liège, devait demeurer ignoré des villageois. Mais un jour d'octobre 1957, le journal local, "La Gazette de l'Ourthe", publie un article sur cette "Baigneuse nue", photo à l'appui. Le village s'enflamme. Et José Cohen est retrouvé mort.Cette affaire plonge ses racines dans un passé trouble qui éclate soudain au grand jour. Pendant la Résistance, les personnages du roman ont tous été impliqués dans de sérieux conflits... La Baigneuse n'est pas la seule à se dénuder dans cette histoire. Il y a aussi les coeurs des hommes et des femmes du village.Écrivain singulier, Armel Job construit ici une intrigue subtile, au suspense tout britannique. On y retrouve tout l'humour et le langage coloré de son premier roman, "La Femme manquée".

  • La révélation d'un nouvel écrivain, au ton singulier. C'est en Belgique, dans l'Ardenne, au village de Sarteau.
    Deux personnages principaux : Évariste Lejeune et Charles Lambert. Le premier est clerc de notaire, et c'est à lui qu'on s'adresse lorsqu'on a besoin d'une plume avisée. Charles Lambert, trente-cinq ans, vit sur la plus belle ferme de Sarteau, en compagnie de ses tantes Philomène et de Camille. Quand les deux vieilles demoiselles meurent, Charles se retrouve seul et songe à se marier : il demande à Évariste de rédiger pour lui des annonces matrimoniales qui paraîtront dans le journal local. Elles demeurent sans écho, jusqu'au jour où, dans un catalogue intitulé Le Bonheur des îles, qui présente de " jolies indigènes cherchant mariage ", Charles découvre la femme de sa vie. Hélas, c'est une jeune femme toute proche de la mort qui apparaît : Opportune est atteinte d'une leucémie et c'est pour se faire soigner en Europe qu'elle a choisi le stratagème de l'annonce. Le mariage est néanmoins célébré dans la chambre de l'hôpital où s'éteint Opportune, et c'est là que la vérité sur l'origine de Charles éclate, lorsqu'on entend le maire lire l'acte de mariage : " ... Lambert Charles, né Lévi Saül, fils de Lévi Abraham et de son épouse Cohen Rachel, à Anvers, le 4 mai 1940, reçu en adoption par Lambert Philomène... " Stupéfaction, émoi dans le village. Peu après, un certain nombre de calamités (récolte pourrie, fièvre aphteuse) s'abattent sur le village. La faute à Charles, ce juif ? À Opportune, cette étrangère ? Et même, un soir de tempête, le feu prend à la ferme de Charles, qui y périt... Évariste part alors à la recherche d'éventuels héritiers de Charles. A Anvers, il apprend que Rachel Lévi avait confié son fils Saül en 1942 à Philomène, juste avant d'être déportée, et que c'est ainsi que le bébé était devenu Charles Lambert... Allant plus loin, Évariste découvre que la vérité vraie est différente : la mère de Saül, c'était Philomène qui, pour éviter le scandale au village, a accouché chez Rachel, qui a élevé le gamin jusqu'en 1942 où, devant le péril, elle l'a remis à sa véritable mère, Philomène. Et le père qui était-ce ? Eh bien, c'est Évariste lui-même qui, un jour d'été, alors qu'il s'était lancé avec Philomène à la recherche d'un taureau échappé, fut littéralement possédé par celle-ci... Étrange histoire, pleine de surprises étonnantes, que la subtilité du récit rend fort crédibles. Mais au-delà de l'histoire, c'est l'écriture qui fait tout le prix de ce roman, avec son accent singulier et un humour très personnel : une langue qui se savoure avec bonheur, la peinture d'une petite société, ses personnages pittoresques et ses moeurs souvent réjouissantes... On sourit souvent, et on est ému.

  • Bonjour, Herr Singer, comment allez-vous aujourd'hui ? Ce matin-là, il faisait atrocement chaud. La pièce à moitié vide réverbérait l'écho de la voix du Directeur. ? Je vous présente M. Matthias Dutour, fit-il en s'avançant vers le lit de Singer et en désignant un homme planté sur le pas de la porte. C'est un soldat français. Il va passer quelque temps avec nous ici. Et, si vous le voulez bien, il partagera votre Caverne, comme vous avez l'habitude de la nommer. Vous êtes le seul parmi nos patients à manier la langue de Voltaire, proclama-t-il avec une affectation un peu ridicule. Ainsi, vous pourrez parler ensemble. C'est important. Sur le seuil de la chambre, le soldat français n'avait pas bougé. Très grand, très maigre, des cheveux d'un blond incendiaire, drôlement attifé, il regardait fixement devant lui. ? Kommen, kommen, monsieur Dutour ! l'encouragea le Directeur en unissant le geste à la parole. L'homme avança de trois pas et s'immobilisa au milieu de la pièce. Histoire de briser la glace entre les deux hommes, le Directeur bonimenta le nouveau venu. ? Vous auriez été russe, monsieur Dutour, je vous aurais placé dans cette chambre. Anglais ? Également. Italien ? Également. Herr Singer parle toutes ces langues ! Turc ? Ah, là, je ne sais. Vous parlez turc, Herr Singer ? Herr Singer lui aurait bien répondu que si cela pouvait améliorer les conditions de vie à l'hôpital, il s'y mettrait, au turc. Cela n'aurait pas manqué de faire plaisir à feu son père. Mais il ne répondit rien. Il se contenta de se lever pour ouvrir la fenêtre. Un peu plus de chaleur pénétra dans la pièce. Il la referma. Le Directeur continua de soliloquer. Remarquant quelques papiers sur la table de Herr Singer, il l'interrogea. ? Avez-vous recommencé à travailler ?... Un peu ? Et à lire ?... Un peu ? Herr Singer est un grand mathématicien, l'un de nos meilleurs, expliqua-t-il à Matthias avant d'ajouter : Monsieur Dutour, vous informerez vous-même Herr Singer, si vous le désirez, bien sûr, de ce que vous faisiez en France, dans le civil.

  • Trois romans en trois ans et deux prix littéraires ont suffi à Armel Job pour prendre une place remarquée parmi les nouveaux écrivains belges.
    Abdication ! Abdication ! Printemps 1950. Belgique. Le pays est au bord de la guerre civile. Sur le pavé des villes wallonnes, les foules insultent le roi Léopold et, plus encore, Liliane Baels, la roturière promue princesse de Réthy, qu'il a épousée pendant la guerre au plus fort des souffrances de son peuple. Au fond des Ardennes, Henri Gansberg Van der Noot, le conseiller du roi, négocie et tire le lapin. Voilà qu'il séduit Aline, la fille du garde-chasse, en fait sa maîtresse, l'installe dans sa gentilhommière. Aline... Liliane... Bientôt, des injures s'étalent en lettres géantes sur les murs de sa résidence. Une nuit, le conseiller tombe nez à nez avec l'insulteur. Il le tue. Que faire ? Honnête homme, il veut se dénoncer. Mais ceux qui vivent autour de lui ? le garde-chasse, le jardinier, les servantes, sa maîtresse, et même son épouse ? font tout pour l'en dissuader : inutile scandale ! Puis voilà que son refus de participer à un complot pour le rétablissement du roi Léopold devient une source d'angoisse supplémentaire! Le pauvre homme ne sait plus où donner de la tête... Armel Job aime les histoires complexes où sa subtilité, son regard ironique et son humour se donnent libre cours. Tous les personnages qui gravitent autour du conseiller, les humbles comme les "grands", constituent un petit monde coloré et drôle. Le décor historique n'est que toile de fond: toute l'intrigue que déroule Armel Job est pur roman ? même si le héros est conseiller du roi. Cette histoire insolite, qui pourrait être un drame, se révèle une comédie enlevée et maîtrisée.

  • Depuis sa naissance, dans les années 1920, Émile Peyrissac habite un petit village sur les bords de la Dordogne. Il nous raconte la vie merveilleuse et simple que menaient les gens qui connaissaient les secrets de cette vallée sauvage, en ces temps bénis où la rivière regorgeait de saumons. Entre son grand-père qu'il adorait, ses parents rudes mais bons, son instituteur et son amie d'enfance, la jolie Gaby Croze, Émile connut un bonheur parfait... À l'âge où Gaby et Émile découvrent l'amour, les premiers drames font voler en éclats ce fragile édifice. La mère d'Émile meurt, laissant le père inconsolable, Gaby part à Tulle pour ses études secondaires, la construction d'un grand barrage sur la Dordogne va noyer plusieurs villages de la vallée et entraîner des expropriations massives. Puis la guerre arrive, les Allemands envahissent la France. La Résistance s'organise dans la région et Émile s'engage dans un mouvement très actif. Il quitte son père et doit trouver du travail au barrage. Devenue institutrice, Gaby épouse un homme de la ville... Elle révèle à Émile que son mari est un collaborateur et qu'elle désire rejoindre le maquis. Cette décision entraînera son arrestation et sa déportation. Après la Libération, la vie semble reprendre son cours... Émile retrouvera-t-il Gaby ? Au soir de sa vie, il contemplera la Dordogne au couchant avec un sentiment de plénitude et de sérénité, ce fleuve qui aura rythmé toute son existence...

  • Au soir du 27 février 2010, les habitants de la Faute-sur-Mer se sont endormis paisiblement, sans s'inquiéter de la tempête annoncée.
    A 3 heures du matin, quand les digues ont lâché, la mer est montée inexorablement, a noyé les plages et les routes et, sans jamais modifier son allure, a enlacé les maisons, piégeant leurs résidents qui essayaient d'échapper à cet élément si familier, devenu en quelques heures un ennemi mortel.
    Julie dormait à la Pointe ; Guillaume et Alexandra étaient dans leur maison du lotissement en compagnie de leur fille ; les grands-parents Montauran venaient d'arriver dans leur cabanon de vacances avec Jérémie et Claire, leurs petits-enfants. Ils ont tout fait pour s'en sortir.
    A travers le destin de plusieurs familles, Yves Viollier a recréé les heures terribles que ces hommes, ces femmes et ces enfants ont affrontées en tentant de toutes leurs forces de survivre.
    Avec des personnages romanesques inoubliables plongés au coeur d'un événement bien réel, Yves Viollier dépeint l'horreur mais aussi la dignité, le courage et la solidarité dont ont fait preuve toute une région, tout un pays.

  • Si tout le monde faisait l'amour, on ne s'entendrait plus.
    " Pendant une longue période, qu'au fond je n'ai à coeur ni de situer dans le temps, ni d'estimer ici en nombre d'années, j'ai vécu dans peut-être la pire insubordination de notre époque, qui est l'absence de vie sexuelle. Encore faudrait-il que ce terme soit le bon, si l'on considère qu'une part colossale de sensualité a accompagné ces années, où seuls les rêves ont comblé mes attentes - mais quels rêves -, et où ce que j'ai approché, ce n'était qu'en pensée - mais quelles pensées. Sur ce rien qui me fut salutaire, et dans lequel j'ai appris à puiser des ressources insoupçonnées, sur ce qu'est la caresse pour quelqu'un qui n'est plus caressé et qui, probablement, ne caresse plus, sur l'obsession gonflant en vous et dont on dit si bien qu'elle vous monte à la tête, sur la foule résignée que je devine, ces gens que je reconnais en un instant et pour lesquels j'éprouve tant de tendresse, je voulais faire un livre. "

  • À l'automne de sa vie, Traum, un écrivain talentueux mais délicieusement raté, se confie à Baragouin, sorte de secrétaire auquel il livre ses dernières pensées, ses rêves, ses amours, mais aussi des révélations. Celles-ci tournent autour de Kurtz, un ancien ami, un auteur " à la saloperie de talent " qui a construit son succès mondial sur une oeuvre annonçant les crépuscules de notre civilisation. Kurtz a gagné la fortune et une célébrité sulfureuse, puis est parti s'isoler en Espagne dans un lieu secret, " Arkansas ". Là-bas, une secte d'admirateurs à la recherche d'une utopie s'enfonce peu à peu dans le cauchemar...Dans un style lyrique inimitable, gorgé d'inventions et de fulgurances, Pierre Mérot nous offre une rhapsodie littéraire revigorante et optimiste, véritable ronde de personnages en quête d'amour et de rédemption : un clochard à l'intelligence " plus vive et plus mobile qu'un voleur sur le toit ", des amants " brisant des mots d'amour entre leurs dents ", la mystérieuse " Anna-la-Jubilante " et puis Rita, l'extravagante Rita, venue de l'Est... Arkansas, oeuvre sur la transmission de la création artistique comme ultime salut des âmes perdues, est le grand roman attendu par ceux qui ont salué, avec Mammifères, l'immense et singulier talent de Pierre Mérot.

  • Elle était Tiyi, mère des princesses Néfertiti et Meritaton, enceinte d'un nouvel enfant du Soleil Aton.
    Un an plus tôt, venant de la Guadeloupe en passant par le Venezuela, ils avaient échoué dans la petite ville de Santa Marta, sur la côte caraïbe de la Colombie, avec Mandjet et Mesketet, leurs derniers fidèles.
    Ils n'avaient trouvé là que la misère et le mépris. Par dérision, les habitants de Santa Marta avaient appelé le petit groupe des adorateurs du Soleil la colonie du nouveau monde. Aton avait continué ses dévotions, mais Rê, le Soleil, était devenu sourd à ses appels. Ils voulaient retourner en Egypte, le berceau de la religion première, mais les fonds manquaient et le bateau qui devait cingler vers la Terre promise n'avait pas pris la mer.
    C'était ici, à La Ceja, sur cet hectare de terre aride, qu'allait s'achever le rêve sincère de fonder une religion nouvelle. C'était ici qu'ils allaient tous périr, dans la cupidité, la haine et la folie. Abandonnés des hommes. Abandonnés de Dieu.

  • " Et me voici : la légendaire Mary-Lee Steppleton, l'Idole Vivante. Veuve, orpheline, fille de mineur, voleuse de cheveaux, chef de bande, disciple d'un sorcier mormon, devenue déesse des Apaches chiracahuas. Vous recueillerez de sa bouche les secrets d'une existence tumultueuse, partagée entre les tentations terrestres et l'irrésistible appel de la Transcendance : les secrets de la VIE elle-même ! "
    Ainsi va Mary, bride abattue, dans un Ouest déclinant saisi par le folklore et la nostalgie. Héros exhibés dans les foires, Buffalo Bill, Sitting Bull, Geronimo n'ont rien perdu de leur superbe. Gangs miteux, braquages loupés, sorcellerie vengeresse, bisons fantômes, pendaisons-spectacles, autant d'épisodes burlesques et trépidants de ce western littéraire.

  • Devant Jérusalem dont la splendeur s'offre à lui, Hugo Halter, un jour de printemps 1961, est abattu par des terroristes palestiniens. Pourquoi ?... Son cousin Marek - l'auteur même de ce livre - mène l'enquête. Au nom de la longue lignée qui n'a cessé de maintenir vivante la mémoire d'Abraham, depuis l'ancêtre fuyant Jérusalem livrée aux flammes par les romains jusqu'à cet autre Abraham qui succombe en combattant dans les ruines du ghetto de Varsovie. Parallèlement, un autre cousin de Hugo, officier des services secrets israéliens, conduit sa propre enquête.
    Alors, de tous les points du monde, de New York à Moscou, de Paris à Buenos Aires, de Tunis à Beyrouth, entrent en scène les membres de la famille dispersée, soudainement rassemblés, tendus vers un même but, qu'ils soient athées religieux, assimilés, sionistes ou pacifistes.
    Et c'est ainsi que se déploie, superbement, la grande fresque du judaïsme contemporain - dans ses élans, ses victoires, ses contradictions et ses déchirements - que Marek Halter rêvait de peindre depuis La mémoire d'Abraham.

  • " Obeid détacha la croûte d'argile, le visage apparut étonnamment détendu. Traits délicats, nez droit et fin, longs cils emmaillotés d'une gangue roussâtre.
    Et, surprise, des lèvres minces auburn retenant un sourire qui n'en finissait pas.
    Ce fut d'abord la main qui s'ouvrit. Occupé à guetter le frémissement des paupières, Obeid n'y prit pas garde. Aémer ne perçut qu'une masse sombre bordée d'un halo lumineux, qui lui cachait le soleil. Un homme au visage invisible lui tripotait le front.
    Le fracas de l'avion, la course en zigzag, le feu dans la poitrine, le souffle au ras du sol, le saisissement de se sentir projetée - rien en deçà : elle ne se souvenait ni d'où elle venait ni où elle allait. Elle tourna la tête, aperçut le petit cône d'argile au creux de sa main. En se baissant pour le saisir dans le cratère, elle avait échappé aux bombardements américains. Son sourire brutalement interrompu explosa. Un calculus sumérien de plus de cinquante siècles venait de lui sauver la vie. "
    Mésopotamie-Irak : une même terre. Une terre qui a construit notre passé, et qui ébranle notre présent. Là, durant cinq mille ans, se déroulent les cinq vies d'Aémer, une femme habitée par une absence impossible à combler, que traverse l'histoire de l'invention du zéro.

  • "Papa Lonnie tenait l'enfant par la main, au beau milieu de cette route de campagne. Depuis si longtemps la chasse est commencée. Depuis si longtemps ils se promènent sous les ombres, la main dans la main, parfois devisant, parfois sans rien dire - lui penché de son côté pour qu"elle puisse agripper ses doigts, elle déambulant avec ce dandinement un peu raide qu'ont les canards et les petits enfants. Il l'aime comme personne n'a jamais fait."
    Ainsi s'en vont Papa Lonnie et Vanessa à la poursuite des lapins de lune. Mais qui a jamais passé le collier d'émeraudes au cou du lapin fabuleux prêt à s'enfoncer, l'hiver s'annonçant, dans les solitudes glacées du Grand Nord ? Alors, parce que la terre et le ciel se figent, dans ce pays qui ressemble au Québec, Papa Lonnie et Vanessa trouvent asile dans la ferme généreuse de Marie-Jeanne. Ce pourrait être le bonheur. N'était le passé ; n'étaient les rêves, les illusions et les passions, quand interviennent Jérémiah Parker, le shérif, et Joli-Dimanche, l'Indienne, et son caribou. L'hiver passe, les saisons tournent et, bientôt, les années. L'un et l'autre, l'autre et l'un, ils étaient faits pour s'aimer autour de la ferme de Marie-Jeanne. Mais peut-être étaient-ils trop simples, tropnaïfs, trop innocents ou trop bêtes. Peut-être ne passe-t-on jamais le collier d'émeraudes au lapin de lune...

  • La rencontre improbable entre une gamine insupportable et un vieil aveugle bougon... ou comment allier superbement le monde âpre des adultes à l'univers féerique de l'enfance.
    Ses parents ne pouvant s'occuper d'elle, Clotilde, onze ans, se retrouve sous la garde de sa grand-mère, une femme cassante et aigrie. Son seul ami est le voisin, Aurélien, un vieil homme aveugle, rustre et bourru mais qui s'est pris d'affection pour cette petite fille si pétillante et fantaisiste. Lorsque celui-ci entreprend de se rendre à Lourdes avec son ami François dans l'espoir d'un miracle qui lui rendrait la vue, Clotilde décide d'être du voyage. Commence alors une équipée aussi invraisemblable que merveilleuse à travers la France...
    Le vieillard désespéré et atrabilaire, son ami alcoolique et la petite fille au caractère de chien mesurent mal l'émotion que provoque leur disparition. Pour atteindre leur objectif, les trois aventuriers vont devoir surmonter des épreuves qu'ils ne soupçonnaient pas, comme la faim, le froid, la clandestinité (les deux hommes étant recherchés pour enlèvement d'enfant). Mais leur périple sera aussi fait de rencontres, de rêves et d'amitiés, de vérité.
    Explorant avec délicatesse toutes les formes de la douleur contemporaine, Gilbert Bordes signe une fois encore un roman sensible et touchant. Au-delà du handicap, de la solitude, la maladie et la frustration, il conduit ses personnages vers le bonheur en les dotant de la seule arme qui puisse désarçonner les peurs et les bassesses de la société d'aujourd'hui : la puissance de l'imaginaire.

  • C'est un puzzle, un puzzle à sept voix : sept femmes, Audrey, Ana, Claude, Violette, China, Joy et Patty nous confient tour à tour leur histoire d'amour. Elles racontent l'homme qui les a fait tellement rêver, qu'elles ont aimé avec passion, pour lequel elles ont tout donné. Le grand amour, oui, elles y ont cru. L'homme idéal ? Oui, elles l'ont rencontré. Cet homme magnifique, cet amant flamboyant s'appelle Maximilien. C'est de lui et de lui seul que parlent Audrey, Ana, Claude, Violette, China, Joy et Patty. Un homme et sept femmes... Un homme en filigrane que l'on ne voit jamais, que l'on entend à peine. Qui est-il : un amoureux sincère ? un joueur pervers ? un manipulateur ? Composant toutes les sept une vibrante palette des émotions amoureuses, elles parlent de leurs stratégies, analysent leur comportement, évoquent leurs rivales et démontent les erreurs, se jurent de gagner la bataille. Ensemble, elles dessinent un tableau impitoyable des pièges de l'amour et dressent un terrible portrait en négatif d'un prédateur.

  • Fierté des chemins de fer soviétiques, la Flèche rouge reliait Leningrad à Moscou. En cet hiver 1937, ils sont huit cents passagers à bord, dont Pierre, jeune mineur vendéen à qui son syndicat a offert ce voyage, et Maïa, élève du Kirov qui va danser pour la première fois au Bolchoï de Moscou. Il a dix-sept ans et aspire à s'installer un jour dans ce paradis communiste, elle en a seize et rêve de fuir ce régime qui a broyé sa famille et d'aller triompher sur les scènes d'Europe et d'Amérique.
    Ils ne se seraient jamais rencontrés si une terrible tempête de neige n'avait bloqué le train et ne les avait coupés du monde pendant plusieurs jours.
    Malgré le froid, la neige, les loups, la faim, la suspicion de leur entourage et les violences de l'Histoire, Pierre et Maïa vont s'aimer.
    Un puissant roman d'amour et un hymne à la pureté, au courage et à la force vitale de la jeunesse.

  • Le Chaumont, situé en bord de Loire, est le domaine familial et la fierté des Laurrière. Trois générations s'y côtoient et y vivent en quasi-autarcie, au beau milieu d'une merveilleuse nature : Albin, le patriarche bourru et amoureux de sa terre, sa soeur honnie, Margot, propriétaire du château, son fils Clément et sa famille. Si celui-ci a tout pour réussir, il souffre aussi d'une dévorante maladie : le poker. Une nuit, Clément perd deux millions d'euros à la table d'un cercle de jeux parisien. Très vite, ses biens sont hypothéqués et son couple se déchire... Mesurant les répercussions funestes de son acte, il traîne dans la capitale son dégoût de soi et sa honte. L'onde de choc se propagera jusqu'aux bords de la Loire : le revers de fortune du fils Laurrière va chambouler le microcosme familial et permettre de lever le voile sur des secrets de famille longtemps occultés.
    Et l'été reviendra est un roman au scénario diabolique, au suspense haletant et à la morale implacable. Entre parties de pêche et plongées dans les abîmes de l'âme humaine, Gilbert Bordes est au sommet de son art.

  • " Pourquoi l'ai-je baptisée Espérance ? Parce que les hommes ont toujours souhaité vivre près d'elle, espéré sa présence, persuadés qu'elle ne les trahirait pas, qu'elle ne les décevrait pas, qu'elle était vivante, comme eux, plus qu'eux peut-être, et qu'elle saurait les rendre heureux. Car j'ai compris très tôt qu'une rivière est un être vivant, qu'elle a un corps, une âme, un territoire, une famille, des rires, des colères, des souvenirs, une histoire, et surtout comme nous, les hommes : une enfance, une jeunesse, une maturité, une vieillesse et une mort. " C.S.
    La Rivière Espérance, c'est la grande trilogie romanesque de Christian Signol, l'histoire dont Marie et Benjamin Donadieu sont les héros, et avec eux tout le petit peuple des bateliers qui naviguaient au XIXe siècle sur la Dordogne, de Souillac à Libourne jusqu'à Bordeaux... Fresque d'un temps traversé par les combats politiques et les secousses de la modernité, fresque d'un monde et d'un métier singuliers, ce roman de courage et de liberté est aussi celui d'un grand amour simple et fidèle.
    La Rivière Espérance Trilogie comprend:
    La Rivière Espérance

    Le Royaume du fleuve

    L'Âme de la vallée


  • Réunis pour la première fois, et enrichis d'une préface de l'auteur, les deux romans qui ont fait connaître et imposé Christian Signol au public : Les Cailloux bleus et Les Menthes sauvages .

    Paru en 1984, Les Cailloux bleus, le premier roman de Christian Signol, est entré immédiatement dans les listes des meilleures ventes. La suite, Les Menthes sauvages, éditée à l'automne 1985, connut le même succès.
    Étienne, Abel, Philomène et Mélanie... Ils sont encore enfants quand commence le xxe siècle. Nés dans une famille de pauvres métayers du causse de Gramat, ils ne peuvent choisir qu'entre le départ ou la soumission. Mais déjà le monde change, des idées nouvelles circulent qui commencent à ébranler cet univers de pierre figé dans l'Histoire. Les hommes partent à la guerre ; les femmes demeurent, patientes prêtresses de la vie et de la mort. Et l'Histoire s'acharne qui, après une guerre, en apporte une autre, avec ses malheurs : la défaite, l'exode et cette guerre civile qui déchire les familles. Puis la Résistance : Philomène et Adrien y tiennent leur place, pour l'honneur ; Philomène en sortira meurtrie dans sa chair, intacte dans son âme et son coeur...
    Le Pays bleu, c'est l'histoire d'une famille, d'un village et d'une époque où chaque Français d'aujourd'hui peut reconnaître les siens. Mais c'est aussi l'histoire d'une terre, ce pays du causse, sauvage et misérable, qui brûle sous les feux de l'été, crisse sous les pas de l'hiver, frémit au printemps et à l'automne. Un pays rude qui, longtemps, ne connaît que la loi des saisons...

  • Dans une création littéraire souvent marquée par la mélancolie et la détresse de vivre, ce nouveau roman, L'aile du temps, apparaît comme un des plus toniques de son auteur. C'est un livre solaire, à l'image du héros mythique qui en est le coeur, l'aviateur Pacha Blacerhi, lequel, à l'encontre de tous les usages, ne s'envolait au combat qu'en décollant face au soleil, dans l'éblouissement. Et cette folie généreuse, qu'on retrouve chez tant d'aviateurs de la Première Guerre, enflamme tous les personnages - mécanicien, tailleur, restaurateur, encadreur de tableaux, boulanger, etc. - qui s'emploient à perpétrer le souvenir de Pacha, et rythme un récit qui, à chaque page, smeble se réinventer.
    C'est encore au soleil, en un sens, que se confronte le personnage principal, Anton Mendalek. Ce peintre, riche et honoré, a rejoint la suffocante contrée balkanique sur la suggestion d'Anghela, veuve de l'aviateur. Celle-ci souhaite s'assurer des dispositions picturales de sa fille. La beauté lumineuse d'Helena, qu'Anton tente de capter en en faisant le portrait, va mettre en déroute les artifices de son art et son propre personnage. À travers Helena et la légende de son père, tout au long d'un fol été partagé avec ces êtres hauts en couleur qu'il a rassemblé autour du nom de l'aviateur défunt, Anton, peu à peu, retrouve l'éblouissement premier qui a embrassé sa jeunesse et dont son oeuvre, trop habile, avait perdu le secret. Le temps n'est plus désormais un monstre irrattrapable : il suffit de l'habiter et de se laisser porter sur son aile...

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