Grasset

  • Aron Jean-Marie Lustiger (1926-2007), à la fois entier et double, croyant dévoué et intellectuel engagé, juif de naissance converti au catholicisme, fidèle aux traditions et tourné vers l´avenir, être de recueillement et de terrain, est une énigme.
    Dans cette biographie née d´une relation de près d´un quart de siècle avec son sujet, et d´après les nombreux témoignages de son entourage et un accès aux archives inédites, Henri Tincq révèle le destin singulier d´un jeune juif devenu cardinal. On y retrouve une enfance foudroyée par la mort de sa mère, Gisèle-Léa, déportée à Auschwitz - un drame qui marquera tous ses choix de vie, humains, sociaux ou religieux ; son intérêt pour la chose politique, notamment ses dialogues avec François Mitterrand et son aversion pour Jacques Chirac ; sa relation privilégiée, presque fraternelle, avec Jean-Paul II ; et son élection, en 2005, à l´Académie française.
    Au-delà de la plus étonnante carrière épiscopale du XXe siècle, se dessine le portrait psychologique, celui d´un insatiable, d´un hyperactif omniprésent. « Il se prend pour Dieu », vont jusqu´à prétendre ses détracteurs. S´il est de tous les combats, le cardinal Lustiger fut en Israël l´homme d´une mission et joua un rôle fondamental dans la maîtrise des tensions. Sacré « cardinal des Juifs », il oeuvra sans relâche pour la paix au Proche-Orient, et pour une meilleure entente entre les peuples.
    Avec érudition, nuance et profondeur, Henri Tincq dresse, de l´intérieur, le portrait de ce grand homme d´Eglise dont l´influence se fait encore sentir dans toute la communauté catholique.

  • « Au fond je suis persuadé que les chefs-d'oeuvres détestent être des chefs-d'oeuvre. » résume Frédéric Beigbeder. Voici une manière de bilan, sans prétention à être exhaustif, de la littérature au 20ème siècle. Pendant l'été 1999, 6 000 lecteurs ont choisi d'établir leur sélection des 50 livres du siècle, à l'aide d'une pré-sélection établie par la FNAC et le journal Le Monde. Le tout aboutit à cet inventaire commenté, avec la subjectivité qu'on imagine. Alliance de la démocratie et du choix subjectif, cette liste permet à notre trublion cultivé de « rafraîchir », de rajeunir, de discuter, de plaisanter, les oeuvres en question. De Nadja d'André Breton (n° 50) à L'Etranger d'Albert Camus (n°1 au top 50), en passant par Lolita de Nabokov ou Bonjour tristesse de Françoise Sagan, on lira ici un Panthéon drôlatique et irrespectueux. Le commentateur s'autorise tous les raccourcis, les parallèles avec les mouvements littéraires d'aujourd'hui, mais sans jamais de départir d'un véritable enthousiasme.

  • Depuis son prix Médicis-essai pour La sculpture de soi, Michel Onfray n'a cessé de s'imposer comme l'un des meilleurs essayistes de sa génération. Il y a fort longtemps, déjà, le père de Michel Onfray un homme modeste qui n'avait jamais quitté son terroir normand avoua à son fils que, s'il pouvait voyager, il aimerait bien découvrir le Pôle Nord. Vingt ans plus tard, son fils, devenu un écrivain célèbre, décide de réaliser ce rêve et, en juin dernier, il amena donc son père pendant trois semaines jusqu'à ce « pôle » énigmatique et presque inaccessible... Il en a rapporté un livre qui est à la fois un récit de voyage, une philosophie du froid, une méditation sur les civilisations qui disparaissent, sur les méfaits de l'industrialisation, sur la sagesse des peuples à l'agonie. C'est aussi un livre de fidélité et de piété filiale. Au Pôle Nord, Michel Onfray, philosophe hédoniste, s'est surtout interrogé sur la nature des cultures où le plaisir n'a pas sa place. « Là-haut », « là-bas » tout se joue dans une logique de survie. Il interroge donc la pierre, l'espace, les sites, la répétition des gestes, le conflit de la sédentarité et du nomadisme.

    Michel Onfray s'est immergé dans la pensée des Inuits ; il s'est renseigné sur les mythes, sur les curieux rapports que les peuples polaires entretiennent avec le nihilisme et l'espérance, sur la merveilleuse sérénité de ces désespérés. On trouvera donc, dans cette approche, des descriptions (splendides), des réflexions, des anecdotes, des échos de conversations avec des guides ou des chasseurs de phoques. Bien entendu Michel Onfray se fait aussi ethnologue, dans le sillage de Jean Malaurie. Il se sert de ce « pôle » pour penser sa propre nostalgie épicurienne du Sud. C'est un texte incroyablement dense, poétique et intelligent. Un photographe a accompagné Michel Onfray dans ce voyage. Il en a rapporté des images saisissantes qui seront reproduites dans un cahier-photo à l'intérieur de cet ouvrage.

  • Laurence Benaïm a 38 ans. Journaliste, elle dirige les pages consacrées à la mode au journal Le Monde. Elle est l'auteur chez Grasset d'une biographie d'Yves Saint Laurent (1993).

    Son prénom est plus célèbre que son nom pourtant illustre : Marie-Laure. Née en 1902 dans une famille au croisement de l'aristocratie (les Chevigné) et du judaïsme (les Bishoffsheim), elle est à sa mort en 1970 la dernière représentante d'un monde auquel elle n'a jamais appartenu. Enfant, elle a déchiré les lettres de Proust à sa grand-mère, Laure de Chevigné, modèle d'Oriane de Guermantes. Elle a grandi dans une maison que fréquentèrent Anatole France, Mistral, Bakst, ou Francis de Croisset, "Bel-ami" qui devient son beau-père. Adolescente, cette jeune femme qui fut élevée en solitaire connaît le tourbillon du monde, "Lolita de Cocteau", elle s'étourdit dans les années folles. Mariée à Charles de Noailles, le couple concilie l'argent et le goût, mécène de l'âge d'or du surréalisme, demandant à Mallet-Stevens de leur construire à Hyères une maison cubiste, à Jean-Michel Frank de "démeubler" leur salon de la place des Etats-Unis, offrant à Bunuel de tourner L'Age d'or, dont la projection entraîne l'un des plus vifs scandales esthétiques des années trente.

    Une provocatrice ? Une anticonformiste ? En 1936, elle soutient les républicains espagnols et en 1968 elle se rend sur les barricades en Rolls-Royce. Son plus grand talent ? Sentir l'époque. Il y a un ton Marie-Laure. Il y a un goût Marie-Laure : placer sur une cheminée à la fois des ivoires esquimaux, des vases étrusques et un réveil Fabergé. "Tortionnaire adorée", intelligence "feu follet", choquant le Faubourg Saint-Germain, cette éternelle étrangère se métamorphose, à la fin de sa vie, en Mère Ubu enjuponnée de gros tweed. La décadence de l'aristocratie, la scène avant-gardiste, l'ascension de la "café-society", le gratin cosmopolite. Avec une virtuosité d'écriture, brassant tout le paysage littéraire et artistique, de Cocteau à Crevel, de Poulenc à Dali, Laurence Benaïm a écrit le destin d'une iconoclaste, fâchée avec sa naissance.

  • Lors d'un voyage en Afrique avec son amant, Marielle Trolet Ndiaye ressent soudain comme une évidence que sa vie doit se poursuivre ici, au Sénégal. Laissant derrière elle un amant, un compagnon, une profession valorisante, toute une vie confortable mais dans laquelle elle se sentait à l'étroit, elle s'installe dans un petit village sénégalais, Popenguine. Elle y rencontre Tamsir, paysan et pêcheur, dont elle tombe amoureuse et à qui elle donne deux enfants. C'est le récit d'une renaissance. En adoptant les moeurs, les coutumes, les rites de ce village africain, cette femme fait voler en éclats ses habitudes et ses repères occidentaux. Épousant le rythme de ce village traditionnel, encore épargné par les méfaits de la mondialisation (à la différence de Dakar où elle a aussi passé quelques temps), elle réapprend à vivre selon une autre conception du monde, une autre notion du temps, de l'argent, des rapports humains, amoureux, familiaux...

  • Freud a exprimé la tragédie d'une époque où le passé subit de tels coups de boutoir politiques, familiaux et religieux qu'il explose littéralement. La perte de tous les repères de la tradition a pour conséquence de livrer l'intériorité à d'innombrables labyrinthes, dont l'analyse tente d'éclairer les abymes. Freud, l'homme sans passé, consacre paradoxalement toute sa vie à la réminiscence comme traitement des troubles psychiques. Il cherche souvent dans les oeuvres littéraires une confirmation de ses thèses. C'est le cas du grand roman du parricide, Les Frères Karamazov, comme du dernier roman lu à Londres avant sa mort, La Peau de chagrin, où le suicide du héros est lié à l'absence d'héritage matériel et moral. La Gradiva, très attentivement commenté par Freud, livre une des clefs de son silence sur les femmes. Enfin, dans Le Roi des Aulnes, et L'Homme au sable, le clivage entre le père protecteur et le père destructeur prend une dimension terrifiante.

  • « Dans les séminaires de dirigeants d'entreprises que j'anime sur la Chine, quelques questions reviennent de façon inéluctable : « les Chinois sont-ils fiables ? », « quelles sont donc leurs valeurs ? », « auraient-ils donc une autre façon de penser et d'opérer ? », « comment espérer alors nouer des relations d'affaires et gérer avec eux ? ». La Chine acquiert de jour en jour plus d'importance dans le monde contemporain. Néanmoins, les Occidentaux continuent d'hésiter entre deux attitudes à son égard : la séduction de l'exotisme (l' « Orient » de la sagesse) et la peur de l'envahissement (le « péril jaune »). Ils oscillent entre fascination et diabolisation. Du moins ont-ils le sentiment qu'avec les habitants de ce si lointain, si vieux et de nouveau si puissant pays, on ne saurait se comporter tout à fait comme avec les autres habitants de la planète. En quoi sans doute ils ont raison. Mais alors comment s'y prendre ? Autrement dit, comment entrer en Chine ? Je crois que, pour nouer des rapports, y compris d'affaires, avec les Chinois, il faut d'abord rouvrir notre pensée : non pas chercher à devenir chinois, mais comprendre que les Chinois puissent avoir d'autres façons de procéder que celles auxquelles on s'attend d'ordinaire en Europe ; et que ces procédures - à la fois d'agir et de penser, les deux sont conjoints - loin d'être incongrues, étranges ou mystérieuses, sont également intelligibles. Les Chinois peuvent avoir effectivement un autre rapport à la vérité, au discours, à l'efficacité, que celui qui s'est façonné si continûment en Occident qu'il paraît souvent désormais aux Occidentaux comme allant de soi, au point que cette « évidence » n'est plus réfléchie. Si le culturel se joint ici à l'économique, ce n'est donc pas comme un vernis ajouté au prosaïsme des affaires ; mais parce que le second ne peut se concevoir sans le premier. On ne peut dissocier gestion et réflexion : c'est ce que j'ai choisi d'appeler ici, à l'articulation des deux, la « pratique » de la Chine. » A.C.

  • Laurent Joly, professeur agrégé d'histoire. Allocataire au centre d'histoire sociale du XXº siècle de Paris 1, prépare une thèse de doctorat sur le Commissariat général aux questions juives sous la direction du professeur Pascal Ory. Xavier Vallat est une figure emblématique de l'antisémitisme français et de la persécution des Juifs sous Vichy. Héraut des milieux anciens combattants de la droite catholique à la Chambre des députés pendant l'entre-deux-guerres, il fit scandale le 6 juin 1936 lorsque, s'adressant à Léon Blum du haut de la tribune parlementaire, il lança : « Pour la première fois ce vieux pays gallo-romain va être dirigé par un Juif ». Il devint dès lors le champion des milieux antisémites français, et, en juillet 1940, il se rallia avec enthousiasme au maréchal Pétain. En mars 1941, Xavier Vallat prit la direction du Commissariat Général aux Questions Juives. Pendant un an, il s'acquitta de ses fonctions avec une ferveur fanatique, donnant à la France une législation anti-juive complète et systématique, il ordonna un recensement des Juifs en zone libre et tenta de faire adopter un nouveau Statut des Juifs, encore plus sévère que la législation nazie. Après son départ du Commissariat, il resta jusqu'au bout fidèle au régime et remplaça, en juin 1944, Philippe Henriot (assassiné par la résistance), au micro de la radiodiffusion nationale. En 1947, son procès en Haute Cour fit sensation : Xavier Vallat assuma pleinement son action sous l'Occupation, et alla même jusqu'à utiliser ses convictions antisémites comme stratégie de défense. Ayant sauvé de justesse sa tête, il devint le compagnon de cellule de Charles Maurras. Après sa sortie de prison, il termina sa carrière comme éditorialiste vedette de l'organe nationaliste Aspect de la France, et s'illustra une dernière fois en novembre 1967 en reprenant à son compte - tout en les dévoyant - les propos du général de Gaulle sur les Juifs « peuple d'élite, sûr de lui-même et dominateur ». En suivant tout au long du siècle l'itinéraire politique et intellectuel de Xavier Vallat, c'est toute une tradition politique de la France, catholique et antisémite, que ce livre fait revivre et comprendre.

  • « Gun » au poing, figure du féminisme radical à la Virginie Despentes, Raffaëla Anderson mettait une rage particulière à incarner Manu dans Baise-moi, le film. Pourquoi ? Quand on a lu Hard, on le comprend mieux. En 1994, une jeune fille de dix-huit ans, née dans les banlieues chaudes de Paris, encore vierge, répond à un casting. Elle croit gagner facilement 2 000 francs par jour de tournage et de fait elle les gagnera ! Mais ce qu'elle ne savait pas, c'est que pour devenir une star du X, il fallait tout accepter... Pour la première fois, sans aucune complaisance, avec la brutalité d'une caméra subjective, le récit d'une « hardeuse » de moins de 20 ans brise l'omerta du X. C'est un texte violent, précis, dénué d'approximations psychologiques. Acrobaties sexuelles, certes, mais abattage du travail à la chaîne. Salaires faciles, certes, mais peur omniprésente du Sida et de la drogue. Cinéma, oui, mais de quel genre ? On visite, au rythme de l'énergique Raffaëla, en phrases dites sans reprendre le souffle, les sales coulisses de l'exploit. Visage moderne de l'aliénation, la pornographie dissimule l'absolu mépris du corps, la vente et l'achat de filles, l'indifférence, la compétition, la drogue...

  • « A Fréjus, il y avait la plage sur laquelle, pendant longtemps tu as régné. Dans ma mémoire, cette plage des années cinquante est encore à peu près déserte. Notre peau était encore plus méditerranéenne que la mer. Elle brunissait au fil de l'été, le sable s'accrochait aux cheveux, nos sexes étaient salés et les filles s'allongeaient comme des royaumes. » Ce livre intime fait entendre deux voix : l'une est celle de François écrivant une lettre tendre ou blessée à son frère aîné Philippe, en une plongée dans la mémoire familiale, entre une mère corse et un père au service de la République. Il l'apostrophe à travers le temps, se souvient des chamailleries d'adolescent, des brûlures de l'été, des études, puis du comédien, du clown triste, du Capitaine Fracasse au théâtre, du personnage public qui s'éloigne, prend la nuit comme compagne, et se perd, à jamais, dans la drogue et l'alcool. L'autre voix, celle de François Léotard l'auteur, cherche à comprendre l'être humain, trop humain : celui qui aimait à citer « Qui va à sa perte, sa perte l'accueille » mais chantait et écrivait, jouait avec Ariane Mnouchkine, montait une pièce de Bernard-Marie Koltés avec Patrice Chéreau, ou recevait le César de la meilleure interprétation pour La balance. L'homme quitté par Nathalie Baye, le séducteur qui aimait trop facilement, devenait père à son tour, et continuait pourtant de flirter avec les moyens d'en finir. Ce livre inclassable, émouvant, n'est pas une biographie de Philippe Léotard, comédien, chanteur, mort le 25 août 2001. D'une voix l'autre, l'auteur nous fait osciller entre l'enquête et le journal intime, le souvenir et la rencontre, avec Michel Piccoli ou Patrice Chéreau, entre le portrait d'un frère qui refuse de mourir et l'autoportrait de l'auteur, qui se demande s'il a su l'aimer.

  • C'est la chronique d'un paradis qui ressemble souvent à l'enfer. C'est l'exploration d'une « cité des anges » peuplée de démons. C'est une mégapole où chacun célèbre, dans l'anonymat, le culte de la « starité » et où l'on veut, à tout prix, être « normal » en forçant sur la dose de bizarrerie... Cette ville-enfer-paradis, on l'aura deviné, c'est Los-Angeles. Et c'est dans cette ville qu'Annette Lévy-Willard s'est réfugiée, voici quelques années, avec mari et enfants. Elle observe ; elle veut comprendre, elle veut appartenir à cette ville, puis lui échapper. Son livre est la chronique de ce balancement entre l'amour et la détestation... A partir de là, ces chroniques se présentent comme une succession de scènes de genre, très cocasses, très vivantes. Doit-on accepter de surpayer une maison au motif que l'agent de Mel Gibson habite en face ? Comment expliquer au rabbin du quartier que les ados européens ont une sexualité précoce ? Comment être fauché dans un monde de riches ? Ou riche dans un système où les vrais pauvres sont légion ? Comment avoir un corps moins parfait que celui des filles ou hommes silliconés ? Comment être seul dans un lieu où la solitude est un péché ? Et comment ne pas y être seul puisque tout l'exige ? Annette Lévy-Willard a tout vu de Los-Angeles : les gays, les Hispanos, les Chinois, les patriotes, les snobs, les exilés, les nantis. Son livre raconte l'épopée quotidienne de ces contingents modernes. Oui, est-ce le paradis ? Est-ce l'enfer ?

  • La piraterie maritime est un des dangers qui menacent l'économie contemporaine. La côte somalienne, où les assauts rivalisent d'audace, se situe en tête des zones à risque.Afin de survivre dans un pays anéanti par la famine et dévasté par les guerres, les plus démunis s'organisent pour rançonner les plus fortunés. Pécheurs, paysans, chauffeurs de taxi, voici les nouveaux brigands des mers à l'assaut des bateaux des "riches", des tankers jusqu'aux navires de plaisance ! La géographie maritime des côtes facilite leurs attaques : dans ce passage obligé du commerce mondial, la densité du trafic attise toutes les convoitises.Viviane Mahler et Jean Guisnel ont mené l'enquête. Qui sont ces pirates ? Pour quelles raisons sévissent-ils et surtout comment procèdent-ils ? A qui profite le crime ? Et par quels moyens éradiquer cette mafia d'un nouveau genre ? La piraterie en Somalie comme si vous y étiez.

  • Voici une dizaine d'années, un livre-enquête de Kieffer-Chamard, Le roman de T.F.1 (Fayard), avait décrit, avec succès, le paysage audiovisuel français à l'heure de la libération hertzienne et des privatisations de certaines chaînes. Le livre de Michel Meyer, bâti sur le même principe (enquête, portraits, récits) reprend cette enquête, l'actualise, sur une période (les dix dernières années) qui a vu le P.A.F. « exploser » et devenir le miroir fou de la société française. Ce livre pose la question suivante : comment est-on passé de la télé privée à la trash-télé ? Comment est-on passé de « La voix de la France » au « Temps de cerveau disponible » ? Pour répondre à ces questions, Michel Meyer entre dans les coulisses de ce cataclysme. Il est à Hilversum, dans l'antre de John de Mol, le patron de Endemol, cette matrice de tous les « Loft » et autres « Starac » ; il détaille les bras-de-fer entre Le Lay, Mougeotte, Tavernost, Baudis et consorts afin de régler « à l'amiable » le grand partage des mannes publicitaires ; il raconte l'histoire (souvent personnelle) des héros enrichis du P.A.F. (Nagui, Dechavanne, Arthur, Ardisson, Fogiel, Delarue...). Il brasse avec lyrisme et précision la matière humaine et financière qui bout dans ce chaudron-diabolique qu'est la télé d'aujourd'hui. Son titre, d'ailleurs, est une allusion directe au Meilleur des Mondes de Aldous Huxley, ce baptiseur de « Big Brother »... Sur le fond, Michel Meyer montre admirablement comment le désastre culturel de la télévision actuelle est le fruit d'un accouplement fatal : « en bas », une société atomisée et sans repères ; « en haut », des élites nihilistes. Entre les deux, un capitalisme fou, fou, fou pour lequel le pire a toujours une bonne valeur marchande...

  • A l'égard de la très grande majorité des criminels et des délinquants, la prison a perdu sa raison d'être. Des solutions de rechange plus performantes et plus humaines (moyens modernes de surveillance à distance, biométrie, surveillance électronique, vidéosurveillance) existent. Notre raison en convient mais quelque chose de très profond et de très inavouable, à l'intérieur de chacun d'entre nous, renâcle... Nous ne pourrons envisager de substituer la surveillance à distance à la réclusion de longue durée qu'après avoir purgé nos cerveaux de l'utopie carcérale selon laquelle le coupable trouve dans l'isolement et la privation de liberté, à travers les épreuves d'une souffrance méritée, la force de se régénérer. Or cette utopie renoue avec une conception de l'enfermement antérieure à la réforme pénitentiaire du XVIIIème siècle, qui avait précisément consisté à faire échapper le condamné à la destruction physique ainsi qu'à la cruauté des sévices. La prison était à l'époque parvenue à se faire accepter à la place des mille douleurs réclamées par le désir de vengeance de la société. Si la prison résiste aujourd'hui au changement, ce n'est pas à sa rationalité qu'elle le doit, mais à sa symbolique. Ce sont ses échecs qui la maintiennent, non ses succès. Elle échoue dans l'objectif de réinsertion qu'elle proclame, elle réussit à étancher la passion vengeresse et à infliger une cruauté qu'elle camoufle.

  • Alain Juppé est aujourd'hui Maire de Bordeaux. Serge July dirige Libération. Depuis février 1998, soit moins de dix mois après la dissolution manquée de 1997, Alain Juppé, premier ministre de Jacques Chirac pendant deux ans, et Serge July, directeur de Libération, se rencontrent et dialoguent.Pendant trois ans, ces entretiens politiques se sont poursuivis. Ce sont eux que nous publions aujourd'hui. Depuis 25 ans, Alain Juppé est aux côtés de Jacques Chirac. Ce premier de la classe, pur produit de la méritocratie républicaine, est sans doute le seul, parmi les proches du chef d'Etat, à concentrer l'élitisme de la fonction publique, le goût de la réforme et le courage politique. Il aimerait être à droite celui qui parvient à décliner le libéralisme à visage humain. Depuis un peu plus de 25 ans, Serge July dirige le quotidien Libération. A gauche, mais tellement indépendant et sans le moindre souci partisan qu'il fait figure de perpétuel journal d'opposition. Serge July est l'inventeur dans le début des années 80 de la formule " libéral-libertaire " pour définir Libération. Depuis, cette formule a totalement échappé à son auteur...Deux engagements, Alain Juppé tout entier investi dans l'action étatique, Serge July dans tous les combats de la société civile. Deux itinéraires de 25 ans : l'un est acteur de la politique, l'autre en est le chroniqueur, mais tous deux sont passionnés par la politique et par l'action publique. Au cours de ces entretiens, Alain Juppé et Serge July analysent le dernier quart de siècle et chroniquent les années Jospin, avant les grands rendez-vous électoraux de 2001 et 2002 que prépare activement Alain Juppé, dans le sillage de Jacques Chirac. Objet de ces conversations : qu'est-ce que la politique ? Serge July pose les questions, apostrophe, contredit, interpelle, compare, s'oppose. Alain Juppé répond comme un homme en recherche, qui se raconte sans concessions, qui tire les leçons de son action passée, qui tente de trancher des débats en suspens, qui s'engage sur des choix constitutifs de nouvelles alternatives politiques. La politique est en pleine mutation, tiraillée entre deux mondes, deux siècles. Mais toute politique chemine sur une ligne de fracture. La politique est un drame, qui tourne parfois à la tragédie, faite par des hommes pour des hommes. Ses acteurs sont des personnages à bien des égards exceptionnels. Le livre trace en plein, en délié et en creux un portrait inconnu d'Alain Juppé.

  • Malgré son titre, cet ouvrage ne défend pas une thèse. Il n'entend pas démontrer, mais faire découvrir, à travers une galerie de portraits, qu'au siècle des Lumières, et dans des domaines essentiels, nombre de femmes ont eu, par leur talent, un rôle si prédominant qui'l n'est pas excessif de parler d'un "règne" pour qualifier la nature de leur pouvoir. Ce pouvoir, elles ne l'ont pas conquis sur l'autre sexe car le déclin des élites aristocratiques et ecclésiastiques laissait la place libre. Ces femmes ont su s'en saisir et s'imposer avec éclat: elles s'appelaient Agnès de Pris, Claudine-Alexandine de Tencin, Sophie Arnould, Manon Roland... Sous leur influence on nommera les généraux et les ministres, on élira les académiciens, on décidera de la carrière des prélats. Rayonnantes en leurs salons, certaines affirmeront leur détermination jusqu'à l'échafaud. C'est l'histoire de ces femmes d' exception - une soixantaine, en tout - qui est ici contée.C'est le roman féminin des Lumières...

  • Proche parmi les proches de François Mitterrand, Roger Hanin portait en lui depuis longtemps ce livre si personnel adressé à un « ami mystérieux » dont il a connu tant de facettes. Roger Hanin est l'auteur de Les gants blancs d'Alexandre, Les sanglots de la fête, L'hôtel de la vieille lune. « Je ne vais pas vous le dire, François - mais vous devez vous en rendre compte - la lettre que je vous écris est une lettre d'amour ... Le roman d'une amitié ébahie entre un début de voyou juif de la basse casbah et un enfant mystérieux de Saintonge [...] Ce qu'il y a de magnifique avec François Mitterrand c'est qu'il entend la note et sa résonance. Il est à la fois lui et l'autre. Mais il supporte assez rarement que l'on soit l'autre et lui. Il faut savoir jusqu'où aller trop loin dans le choc de l'ambivalence ». R. H.

  • Né en 1951 dans les Pyrénées Atlantiques, agrégé de lettres classiques, François Bayrou est président du groupe UDF à l'Assemblée Nationale depuis 1997. Il est l'auteur de plusieurs livres dont Henri IV ( 1994 ) et Ils portaient l'écharpe blanche (Grasset, 1998). « Il y a des années que l'on ment à mon pays. Et ce sont ces mensonges, accumulés avec le temps, qui l'empêchent de vivre, de surmonter ses difficultés, et de retrouver son rang parmi les nations. » François Bayrou a décidé d'arracher les masques. Pour lui, l'élection présidentielle, c'est le grand rendez-vous. Jamais, depuis vingt ans, la France n'a été placée devant un tel choix : ou bien continuer avec les mêmes, le « système » dont Jacques Chirac et Lionel Jospin sont depuis des décennies les représentants jumeaux et inamovibles, ou bien choisir une nouvelle approche. Continuer, c'est continuer les mêmes mensonges : on ment sur l'Europe, on en a de plus en plus besoin, et pourtant elle est de plus en plus impuissante et de plus en plus illisible ; on ment sur la démocratie française, avec des institutions qui ne jouent pas leur rôle ; on ment sur la situation des gouvernants, payés au noir, et bénéficiant de protections inaccessibles au citoyen ordinaire ; on ment sur le Parlement, désespéré d'être un figurant ; on ment sur la vieille opposition droite/gauche, qui font semblant d'être opposées quand elles sont d'accord. On ment sur la politique, à qui l'on ne donne plus les moyens de changer les choses Or, il n'y a que la vérité qui permette de fonder une ère nouvelle. Comme le général de Gaulle le fit il y a un demi-siècle, les responsables de demain doivent avoir le courage de vraies remises en cause. Et d'abord de dire quel est leur modèle. Pour François Bayrou, ce modèle c'est une « troisième voie » à la française, qui fonde la société non pas sur le marché néo-libéral, triomphant partout dans le monde, non pas sur le modèle dépassé de l'Etat bureaucrate et obsédé par la réglementation, mais sur ce qu'il appelle la « valeur humaine ». Si un pays se donne comme objectif de mettre l'humain au coeur des valeurs, au lieu de l'argent ou de l'Etat, alors l'action politique retrouvera sa noblesse. Ecrit avec des mots simples par un homme politique qui est aussi écrivain, Mon pays à qui l'on ment fera polémique. Mais personne ne pourra dire que les événements racontés sont faux : l'auteur les a vécus de l'intérieur, dans un système dont il ne veut plus. Après ce livre, la seule question sera de savoir si la France veut garder les mensonges qui divisent, ou choisir la vérité qui rassemble.

  • Ancien directeur de Jacques Duhamel, ministre des Affaires culturelles de Georges Pompidou, ancien président de R.T.L et de l'Association des Centres culturels de rencontres, Jacques Rigaud est l'auteur de plusieurs livres, dont La Culture pour vivre (Gallimard, 1975), Libre culture (Gallimard, 1990), Le Bénéfice de l'âge (Grasset, 1993), L'exception culturelle (Grasset, 1995), Un balcon sur le temps (Grasset, 1999).
    A la lumière de plus de trente années d'engagements culturels, Jacques Rigaud s'interroge ici sur l'avenir de la politique culturelle en France. Des évolutions irréversibles remettent en cause le rôle central de l'Etat tel qu'il est défini depuis les débuts de la Vème République : la mondialisation et le primat de l'économie de marché, la décentralisation, les nouvelles technologies, la construction européenne. En l'absence de volonté politique et d'engagement personnel au plus haut niveau de l'Etat, nous continuerons d'assister à la fois à une fonctionnarisation croissante de la vie culturelle et à son abandon au marché - bref, à une éradication progressive de l'exception française. Car ce qui nous différencie des autres pays et donne tout son sens à notre pacte républicain, c'est précisément une certaine idée de la culture comme chose publique, c'est-à-dire comme patrimoine et comme projet communs. Prenons garde que sa superbe « inutilité » électorale et marchande ne nous fasse oublier la culture ! Car si l'on n'a jamais défilé dans la rue pour réclamer un musée, un orchestre ou une bibliothèque, leur disparition tarirait la source même du lien social et de l'identité nationale. La vie culturelle devient multipolaire : notre politique culturelle doit apprendre à le devenir. Ni mémoires, ni traité didactique, ni programme politique ou rapport officiel, cet ouvrage mêle témoignages, souvenirs et portraits aux analyses critiques et aux propositions (approche culturelle de l'exclusion, mécénat d'entreprise, etc...).

  • Jean-Yves Boulic a été grand reporter au Point. Il est, actuellement, éditorialiste politique à Ouest France. Il a publié plusieurs ouvrages (sur Charlemagne, sur Henri de Kerillis) et, surtout, Questions sur l'essentiel (en deux volumes) aux éditions du Cerf où, dès 1982, il interrogeait des hommes et des femmes politiques sur leur engagement religieux. Ces deux ouvrages, à l'époque, avaient rencontré un beau succès commercial . Il existe, bien sûr, un grand nombre d'ouvrages sur « Dieu et la politique » - mais rares, très rares, sont ceux qui interrogent directement des hommes et femmes politiques de premier plan sur leur relation intime, spécifique, avec le divin, la religion, la foi ou l'absence de foi. Jean-Yves Boulic interroge ici seize professionnels de la politique sur ces questions de transcendance. Précis, intimiste, il pénètre dans leur enfance, dans leur jardin spirituel et secret. Il les confesse. Dieu, le Mal, la souffrance, le salut, la mort traversent ces conversations. On est souvent surpris... De fait, ce qui fait l'exceptionnelle qualité de ces entretiens, c'est que les personnalités choisies ont accepté de « jouer le jeu ». Et, du coup, de ces seize entretiens - huit à « gauche » et huit à « droite » - se dégagent trois perspectives : 1 - un témoignage de vie personnelle, un « ce que je crois » condensé ; 2 - des éléments biographiques inédits, parfois inattendus ; 3 - une réflexion sur l'avenir des religions, sur le rôle des Eglises, sur le sacre, la vie contemplative, le silence, les origines de l'univers, le suicide, les intégrismes, etc. Liste des personnalités : R. Bachelot, J.-P. Chevènement, J. Lang, N.Sarkozy, F. Bayrou, F. Hollande, F. Léotard, C. Trautmann, C. Boutin, A. Juppé, A. Madelin, H. Védrine, M. G. Buffet, B. Kouchner, C. Pasqua, D. Voynet

  • Florence Emptaz est née en 1965. Agrégée de Lettres Modernes, elle a soutenu en 1999 un doctorat consacré à Flaubert. Elle vit et enseigne à Saint-Omer.
    Aux Pieds de Flaubert, donc : les siens, mais aussi - et surtout ! - ceux qui abondent dans son oeuvre et auxquels l'écrivain accorde une place privilégiée. Pieds et chaussures, en effet, ne constituent pas, chez Flaubert, de simples thèmes récurrents mais sont de véritables organes moteurs qui structurent le récit. On se souvient, par exemple, du pied-bot d'Hippolyte, le garçon d'écurie de Madame Bovary : ce pied, dans sa difformité, paraît un miroir de l'âme chancelante de l'héroïne et incarne ses écarts de conduite ; la claudication à laquelle le condamne la piètre chirurgie de Charles, lorsqu'il s'improvise orthopédiste, ne fait qu'encourager les déportements d'Emma.Par le pied s'organise toute une série de transferts : il est un témoin infaillible de la vie psychologique, morale et affective de l'individu. Il s'est donc agi, pour Florence Emptaz, d'apprécier les effets d'une survalorisation du pied et de la chaussure dans la constitution psychologique des personnages. Puis de mesurer, puisque le pied chez Flaubert régit sensualité et sexualité, en quoi il redéfinit la vie amoureuse. Il est peu d'êtres, chez Flaubert, qui marchent droit : ils évoluent dans un univers instable et sont enclins au trébuchement comme s'ils étaient affectés d'une claudication constitutive. Dans son oeuvre, le fils de l'éminent médecin-chef de l'Hôtel-dieu de Rouen, orthopédiste spécialisé dans la réduction des luxations, tient la médecine en échec.

  • « Comme beaucoup, je n'ai pas dormi, la terrible nuit du 11 septembre 2001. On n'observe pas souvent, dans une vie humaine, la lumière dure et blanche de l'apocalypse. Devant les images mille fois répétées des tours qui s'effondrent, j'ai consulté, réfléchi. Et jusqu'au petit matin, face aux micros, j'ai partagé mes impressions. Rentré chez moi, à l'aube, dans un Paris bizarrement tranquille, un Paris déjà figé par la révélation d'un monde nouveau, j'ai revu les images du destroyer Cole, j'ai songé aux faubourgs poussiéreux de Karachi. J'ai médité la haine de la Qaïda contre les temps modernes. J'ai pensé qu'il fallait se tourner vers notre histoire récente. Et j'ai entrepris de relire tous mes articles depuis le début des années 1990. J'ai consulté, en particulier, mes 500 et quelques éditoriaux de Courrier International. J'ai confronté avec les faits mes hypothèses d'alors, toujours sérieuses, parfois provocatrices. J'ai revu les années Clinton, Eltsine, Mitterrand, Rabin ; j'ai voyagé, depuis la Bosnie jusqu'à Hong Kong, depuis le Chili jusqu'au Bengale ; j'ai rencontré des hommes d'Etat, des petits princes, des mafieux, des dictateurs. J'ai puisé dans ces années quelques signes - parfois des preuves. Aujourd'hui, alors que nul ne sait le destin de notre monde, j'ai décidé de rassembler et de partager cette masse de faits, d'hypothèses. Dans les milliers de pages que j'ai écrites, j'ai choisi celles qui me semblaient les plus fortes. Je veux donner une boussole à ceux qui cherchent comme moi, à préparer l'avenir ». A. Adler

  • Au XIXe siècle, les écrivains ont découvert Fontainebleau : Alfred de Musset, George Sand, Michelet, les Goncourt, Flaubert, bien d'autres encore ont fait l'excursion à cette forêt qui est peu à peu devenue un véritable objet littéraire, l'un des symboles mêmes du romantisme. Fusion avec la nature désormais idéalisée, rêverie, mélancolie, goût de la solitude, Fontainebleau, c'était beaucoup plus que Fontainebleau. Et c'est en effet une histoire du romantisme que Jean Borie écrit dans cet essai. Du romantisme et de ses élans, du romantisme et de ses contradictions : Fontainebleau était aussi une facilité, et ses limites sont vite apparues. Évasion trop facile qui ne faisait que tenir lieu de voyage ; paysage mesquin souffrant d'un déficit du sublime ; lieu d'escapades vulgaires et de trahisons non moins vulgaires, comme celle de Frédéric Moreau, le héros de L'Education sentimentale, y fuyant la Révolution de 1848 en compagnie d'une fille publique. Flaubert, ayant compris l'hypocrisie des évasions bohèmes, claque sèchement la porte, dans son roman, sur cette forêt d'illusions. Ainsi le romantisme allait-il passer la main au réalisme. Organisé en six chapitres qui nous font traverser la forêt, et l'époque, de 1804 à 1869, L'Esprit de la forêt commence par un des fondateurs du romantisme, Etienne de Sénancour, qui est le premier à la décrire dans son célèbre roman Obermann, puis nous fait découvrir l'extravagant Victor de Maud'huy, écrivain hermétique qui a élevé au rang de héros les carriers de Fontainebleau, nous fait suivre Michelet dans ses nombreux voyages devenant même pélerinages, lire le Manette Salomon, roman des frères Goncourt, sous l'angle de la conquête du paysage par la peinture, au moment même où le capitalisme industriel commence à détruire ces paysages, avant que Flaubert et son désillusionnement du romantisme ne ferment le livre - et le destin littéraire de Fontainebleau.

  • A l'enterrement de Victor Hugo, Paris était en larmes. On ne touche pas à un génie. Mais bien des années après, un procès opposait les héritiers d'Hugo à l'éditeur d'une suite faite aux Misérables. Les personnages d'un roman appartiennent-ils à tout le monde ? Bien d'autres affaires posent le problème du droit des auteurs, de l'antiquité classique à nos jours, à travers la lente et difficile émergence d'une législation des écrivains et des artistes. Diderot, déjà, disait : « L'auteur est maître de son ouvrage ou personne dans la société n'est maître de rien ». Qu'est-ce qui est illégal et qu'est-ce qui ne l'est pas ? Sait-on que Terence a vendu sa pièce L'Eunuque deux fois pour une fortune ? Sous Louis XIV, peut-on parler de mécénat d'état, de protection, de subventions ? Où commence la parodie et le plagiat, où termine le droit de s'inspirer des autres ? Peut-on se moquer sans risques juridiques de Tarzan, Sherlock Holmes, Bécassine ou Bérurier ? Willy fut-il proxénète des mots ou simple paresseux ? Doit-on brûler Michel Houellebecq ? A l'époque d'une judiciarisation accrue de la littérature, Paul Lombard, avocat célèbre, trace en s'amusant la carte du droit dans ce domaine fluctuant des auteurs au prétoire, sans éviter les sujets qui fâchent, parodie, plagiat, « négrification », censure, ou autres délicatesses.

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