Editions Boréal

  • Pourquoi le Québec est-il une terre d'accueil singulière pour la communauté juive ? Comment la communauté juive l'a-t-elle transformé ? Comment s'exprime le judaïsme québécois et montréalais ?

    Pierre Anctil dépeint ici l'histoire juive québécoise comme une succession de migrations venues d'Europe qui portaient en elles l'expérience d'une minorisation souvent douloureuse. Plus récemment, le Québec a accueilli des Juifs nord-africains, israéliens, sud-américains et français, qui se sont ajoutés aux premiers arrivants sans se fondre complètement à eux.

    Les quatre siècles qu'embrasse cet ouvrage ont produit une prise de conscience aiguë, chez les Juifs du Québec, qu'ils appartenaient à une société à nulle autre pareille. Les droits qu'ils ont systématiquement réclamés et leurs contributions soutenues aux multiples sphères d'activité ont aussi donné naissance à un Québec bien différent de celui qui aurait été échafaudé à partir des seules valeurs traditionnelles du Canada français et du Canada anglophone. Il y a un judaïsme québécois et montréalais distinct de tous les autres en Amérique du Nord, et cette originalité émerge avec force du récit historique lui-même.

    Après plus de trois décennies de questionnements et d'avancées, le temps était venu de réunir en un seul volume tous les constats auxquels étaient arrivés différents chercheurs dans ce champ d'études inédit. Une telle synthèse nous permet de retracer le récit historique de la présence juive au Québec dans toute sa durée, c'est-à-dire depuis les débuts du Régime français jusqu'au tournant du XXIe siècle.

  • La musique, c'est du son. Mais c'est aussi un lieu: un lieu de tension et de relâchement; un lieu de rencontre avec soi-même et avec l'autre ; un lieu de réalisation, de mise en scène et de consommation ; un lieu de reproduction mais aussi de transformation.

    Bref, un lieu de pouvoir, un lieu du politique. S'engager en politique et faire de la musique, ce qui comprend l'écoute active, sont des façons d'interpréter et de changer le monde autour et à l'intérieur de nous.

    Mariella Pandolfi et Laurence McFalls ont invité des artistes, des intellectuels, des praticiens de différents domaines et disciplines à exposer leur « vérité » sur la musique. Ce faisant, ils jettent la lumière sur le lien profond, voire la convergence, qui unit le musical et le politique, ces deux domaines de la vie humaine et sociale où la passion et la raison, le déchaînement et la discipline, l'amour et la mort, la violence et la paix, le banal et le sublime luttent et se marient dans la recherche non seulement de la domination et de la résistance, mais aussi de ce qu'ils tiennent pour le beau, le juste ou le vrai.

    Tout en privilégiant une multiplicité de voix et une pluralité de registres (personnel, poétique, historique, psychanalytique, philosophique), Mariella Pandolfi et Laurence McFalls ont mis l'accent sur une forme particulière de la musique occidentale, soit l'opéra, sans toutefois oublier la musique orchestrale, le jazz ou la chanson populaire.

  • « L'histoire que l'on écrit est toujours fécondée par le présent. Le projet de ce livre a pris forme à la fin des années 1990, dans un moment de grande morosité collective. Comme je ne voulais pas ajouter ma voix au concert des cyniques, et que je suis allergique à la fuite en avant des marchands de rêves, j'ai cherché dans notre histoire une autre génération confrontée à des défis semblables aux nôtres [...]. Par delà le siècle et demi qui nous sépare de la génération des réformistes, j'ai eu l'impression de retrouver des incertitudes similaires face à l'avenir. Les uns comme les autres vivent les lendemains troubles de grandes espérances. Le temps des réformistes n'est ni celui des mythes fondateurs, ni celui des Grands Soirs. C'est un temps désenchanté, morose même; un temps de prudence, non d'élans prophétiques. En allant vers les réformistes, mon but n'était pas de réhabiliter des personnages « illustres » ou de dénicher un programme d'action pour l'avenir [...]. J'ai plutôt voulu comprendre les questions qu'ils s'étaient posées et les réponses qu'ils avaient fournies, et voir comment, par la pensée et par l'action, ils avaient conjuré les angoisses d'un présent incertain. »

  • « Ce qui est violent, pour moi, ce n'est peut-être pas tant la présence physique du public que l'acte de représenter quelque chose de soi, d'intime, de forcément transgressif. Comme si, symboliquement, on rejouait une sorte de scène primitive, on mettait en lumière des choses honteuses, des tabous. Cette exposition de soi, malgré soi, est troublante. Elle se fait de biais, de façon détournée, à travers le corps des autres, des interprètes. Comme metteur en scène, on craint que le public repère cette part dévoilée. Le regard des autres sur son oeuvre se rapproche d'un regard interdit, à la fois désiré et honni ; le regard d'un inconnu sur ton corps nu, qui te fracasse. » Brigitte Haentjens est une des figures majeures du théâtre contemporain. Elle a gagné un fidèle auditoire grâce à son audace dans la programmation et à l'exigence qui marque chacune des productions portant sa signature. Elle propose ici un livre hors norme qui nous montre une artiste en plein processus de création. Elle retrace son parcours depuis l'école de théâtre en France. Elle évoque son passage en Ontario francophone, où sa carrière de metteur en scène a éclos, et son installation au Québec. Surtout, elle parle au présent du travail accompli avec la compagnie qu'elle a fondée, Sibyllines.

  • Ce livre trouve son origine dans le désir d'explorer les expériences des femmes qui ont accompagné et rendu possibles les grands moments de l'histoire officielle du Québec, de l'arrivée des Français en Amérique du Nord jusqu'à l'accession à la liberté d'expression indviduelle et collective apportée par la Révolution tranquille. Les historiennes féministes ont examiné la situation de ces femmes, mais il est rare que nous entendions la voix des protagonistes elles-mêmes ou que nous ayons accès à leur point de vue, que ce soit sur le monde qui les entoure ou sur leurs aventures intérieures. C'est cette voix que Patricia Smart donne à entendre ici.

    Tous ces textes parlent d'un moi brimé, inhibé, mais qui se refuse à démissionner. Pour ces femmes, la venue à l'écriture fait partie intégrante de la quête de soi et de la prise de possession du monde. Beaucoup plus que de simples révélateurs de réalités sociales, ces écrits intimes appartiennent à la littérature.

  • Jacques Godbout, sentretenant avec le sociologue Mathieu Bock-Côté, raconte avec sincérité et humour son parcours décrivain et de cinéaste. Conservant la distance que procurent à la fois lintelligence et le refus absolu de se laisser enfermer dans quelque idéologie, il évoque les personnes quil a fréquentées et les moments dont il a été le témoin privilégié. Cest loccasion de découvrir le portrait dun être rare, un intellectuel québécois qui a tenu, pendant soixante ans de vie publique, à assumer son rôle dans la cité, celui déveilleur de consciences et de passeur entre les générations.« En relisant ces entretiens, jai bien vu de quelle manière je madressais à Jacques Godbout. Non pas comme à un vieux sage, à qui on demanderait patiemment je ne sais quelle leçon de vie. Non plus quà un homme compartimenté selon ses talents, écrivain et cinéaste, journaliste et poète à qui je demanderais finalement de mexpliquer le mécanisme de la création artistique. Non, je lui ai parlé comme à un interlocuteur intellectuel de premier plan, comme à lun des observateurs les plus brillants du Québec. Je lai invité à revenir sur les grands thèmes qui ont traversé sa vie et, finalement, sur une vie absolument passionnante. Je dirais bien quelle fut exemplaire, mais il me gronderait. Je dirai alors de sa vie quelle est inspirante. « Le tour du jardin » représente peut-être, du moins je lespère, une porte dentrée dans une uvre quil vaut la peine de découvrir, ou de redécouvrir. Je vous parle dune uvre que les moins de vingt ans devraient connaître. » M. B.-C.

  • Désirons-nous vraiment réaliser l'indépendance politique du Québec ou sommes-nous trop épuisés pour espérer remporter un troisième référendum ?

    Jacques Beauchemin le militant explore les raisons profondes qui font de la souveraineté un objectif historique essentiel. Par contre, Jacques Beauchemin le sociologue ne peut cacher son inquiétude devant la démission collective des Québécois, qui semblent accepter sans états d'âme que leur langue française périclite et que leur culture se délite.

    L'auteur met le lecteur au pied du mur : les ancêtres canadiens-français ont-ils lutté et résisté avec autant de courage depuis la Conquête pour voir leurs descendants dilapider l'héritage ?

    Les héritiers - que nous sommes tous - choisiront-ils une démission tranquille ou relèveront-ils l'urgent défi auquel ils font face ?

    « La Souveraineté en héritage » est un remarquable essai politique qui arrive à point nommé, au moment où le Parti québécois cherche un nouveau souffle.

  • La génétique, l'informatique, les neurosciences et ce que certains nomment déjà la bionique sont porteuses d'un avenir prodigieux tout autant par ses promesses que par ses périls. La technique exerce désormais une fascination sans rivale sur nos sociétés. Le risque paraît grand qu'une telle ivresse ne dissimule un affaissement du sens moral, or il n'y a de civilisation possible que dans l'équilibre entre la puissance qu'engendre le savoir et la sagesse nourrie par la réflexion éthique. Daniel Jacques entend montrer ici que notre puissance technique doit être assujettie à la compassion, compassion pour nos semblables, mais aussi compassion pour tous les vivants qui nous accompagnent. Il nous faut entrer dans le règne de la technique par la voie la plus humaine. Autrement dit, suite au déclin du christianisme et de l'humanisme classique, il ne nous reste, pour fonder l'humanisme - à la marge du discours que tiennent les sciences naturelles sur l'homme, devenu mi-machine, mi-animal - que cette expérience brute du mal qui se trouve au coeur du XXe siècle, soit le génocide des Juifs d'Europe. D'une certaine manière, ce gouffre moral, cet abîme d'inhumanité, nous tient lieu de révélation, la seule révélation qui puisse encore nous guider dans le grand oeuvre technique auquel nous semblons destinés. Par-delà le devoir de mémoire qui nous rattache à cet événement, la compassion représente un don d'humanité qu'il nous faut apprendre à préserver au moyen d'un langage nouveau.

  • La social-démocratie est une idée galvaudée, qui semble avoir perdu son sens d'origine. À la lumière de l'histoire récente, ne pourrait-on pas penser que, depuis trente ans, les partis sociaux-démocrates, une fois au pouvoir, ne défendent pas leur base naturelle et historique, la classe ouvrière ? L'auteur aborde cette question en étudiant le positionnement sociopolitique actuel des partis sociaux-démocrates, dont la compréhension nécessite par ailleurs des retours sur le passé, de même qu'en tentant de définir l'état et la nature des revendications sociales d'aujourd'hui.

  • La mondialisation occupe une place importante dans l'espace public : voie obligée de la prospérité pour les uns, elle est pour les autres responsable de tous les maux affligeant la société contemporaine. Curieusement, ces jugements contradictoires sur la mondialisation tendent tous deux à négliger les discours ayant présidé à la mise en place du monde de l'après Seconde Guerre.

    Dorval Brunelle revient sur les fondements de l'ordre d'après-guerre, tels qu'ils se lisent dans les propos de ses architectes d'alors. L'examen de la création des grandes institutions internationales, à cette époque, constitue le point de départ d'une analyse articulant la reconstruction des espaces international et national à la création de l'État-providence et à la reconnaissance des droits sociaux. Sur cette base, l'auteur s'attarde ensuite à l'éloignement par rapport à ce projet initial, lisible dans ce qu'il appelle la globalisation, qui rompt avec la logique mise en place au sortir de la guerre.

    Dans ce nouveau cadre institutionnel, l'Amérique du Nord occupe une place privilégiée. C'est en effet dans le libre-échange entre le Canada et les États-Unis que le nouvel ordre global trouve le premier lieu de son déploiement. Il convient donc d'analyser de près la dynamique inaugurée par cet accord pour saisir, a contrario, ce que la pensée de l'immédiat après-guerre, derrière des apparats libéraux, peut encore proposer d'intéressant à tous ceux qui appellent de leurs voeux une mondialisation alternative.

  • La musique classique a-t-elle encore un sens aujourd'hui ? Kent Nagano croit qu'il est important que nous tentions de répondre avec franchise à cette question. En cette époque où les institutions culturelles traditionnelles sont menacées, où les orchestres symphoniques et les maisons d'opéra sont appelés à « gérer la décroissance », maestro Nagano lance un vibrant appel pour que nous prenions conscience de l'immense trésor que constitue la musique classique et de la manière très concrète dont elle peut nous aider à régler quelques-uns des problèmes les plus urgents de notre société.

    Il retrace pour nous son parcours, qui l'a amené, lui, petit-fils de modestes immigrants ayant grandi dans un petit village côtier de la Californie, à diriger les plus prestigieux orchestres et maisons d'opéra. Il raconte comment la musique lui a permis de trouver sa place, non seulement au sein de sa propre communauté, mais partout dans le monde.

    Loin d'être une activité réservée à l'élite, la musique classique, selon Nagano, est un formidable instrument de rapprochement et de dialogue entre les hommes.

    À la fois mémoires et brûlant plaidoyer pour la survie de la musique classique et des arts, « Sonnez, merveilles ! » s'adresse à tous ceux qui croient encore en l'importance de la culture dans le monde d'aujourd'hui.

  • La personne humaine ne souffre pas comme elle le veut. Même si elle souffre individuellement et que certaines dimensions de sa souffrance resteront à jamais en son for intérieur, la grammaire de sa souffrance ne lui appartient pas. La souffrance et les manières de la combattre, de la gérer ou de l'accueillir (de la religion au psychotrope en passant par le masochisme) sont un lieu de rencontre, un socle collectif. Pour la psychiatrie contemporaine, la dépression est un syndrome, c'est-à-dire l'agencement particulier de certains symptômes, signes et comportements qui sont identifiés par le clinicien. Toutefois, rien dans les argumentations de la psychiatrie ne permet de comprendre pourquoi tant de personnes se sont mises à dysfonctionner et à souffrir dans les « figures syndromiques » attribuées à la dépression. La compréhension des racines de cette « démocratisation dépressive » revient inéluctablement, comme celle de la névrose autrefois, à la sociologie. Comment expliquer la résonance extraordinaire des mêmes signes et symptômes chez des millions d'individus partout en Occident et de plus en plus ailleurs ? En d'autres termes, de quelle société nous parle l'épreuve dépressive ?

  • Lhabit fait le moine, mais qui fait lhabit ? Qui fait la langue ? Qui tisse, taille et coud lhabit de la pensée ? Le peuple et les écrivains, disait-on hier. Mais ce nest plus vrai : la langue ne se fait plus toute seule. Les écrivains nont plus en cette fonction le tirant deau dantan. Et le peuple avale joyeusement la langue que lui fabriquent les médias, la pub, les politiciens et la bureaucratie, qui inventent des mots (dordre ?) du jour, moins par nécessité que pour lancer des modes, créer du statut social (lembaumeur devenu thanatologue), camoufler les réalités (investir au lieu de dépenser), emporter lassentiment (projet de société), brouiller les cartes (optimal). Le langage crée sa réalité et nous transforme malgré nous, doù le danger dadopter celui des clans, des partis, des mouvements, des idéologies, des églises. Cest le chant des sirènes. Cest pourquoi le vocabulaire de la pub, celui de la politique et des «communications » en général, jargon prétentieux qui sert à cacher ou au contraire à parader, devrait porter lavertissement «produit toxique» et une date de péremption Ce petit dictionnaire tout de traverset des traversnest pas un ouvrage de référence. Ce nest pas un glossaire des expressions québécoises à lusage du Français en vacances. Pas un lexique du parler populaire. Encore moins un « dites ne dites pas ». Mais il sera utile pour bien lire les journaux, les magazines, les rapports officiels de votre ministre. Et pour rigoler en écoutant la télévision. (« Il la encore dit ! ») Cest le plus in, le plus branché, le plus à la mode, en somme. Pour un an ou deux. Un trip ironique en Absurdistan.

  • L'hiver nous tue. Quand ce ne sont pas sinusites et pharyngites qui nous emportent, c'est la glace noire, le verglas ou l'infarctus qui suit une séance de pelletage intensif, ou encore la piste de descente quasi olympique du mont Sainte-Anne. Comment échapper à cette fatalité?

    Et si, tout simplement, c'était notre conception de l'hiver qui était fautive ? En effet, nous nous obstinons à mener une vie productive en hiver alors que les éléments - c'est le moins qu'on puisse dire - sont contre nous.

    Pour retrouver le bon sens, il suffirait donc d'inverser la situation. Travaillons davantage l'été, et ainsi nous aurons tout l'hiver pour nous reposer, pour hiberner sous la couette, en remerciant le ciel de nous envoyer ce froid qui rend la maison si agréable. Faisons de l'hiver la saison morte, comme il se doit.

    Il fallait un anthropologue de talent pour nous faire enfin voir l'évidence. Dans ce brillant opuscule, Bernard Arcand propose une solution qui, moyennant le bon vouloir de nos gouvernements, pourrait mettre un terme à nos souffrances hivernales, en même temps qu'elle donnerait tout son sens à l'expression de « société distincte ». Cette solution aurait également le mérite de régler de nombreux problèmes de ladite société, qui vont de la réforme de la santé à celle de l'éducation.

  • « Est-ce qu'il sera difficile de ramener la Terre dans la bonne voie ? Oui, bien sûr. Mais est-ce une tâche impossible ? Non. »

    En 1961, quand le président Kennedy a lancé le projet d'envoyer des astronautes américains sur la Lune dans un délai de dix ans, on ne savait trop comment un tel objectif pourrait être atteint. L'essentiel, c'était de damer le pion à l'Union soviétique. Avec beaucoup d'argent, d'énergie et de créativité, les États-Unis ont fini par réussir cet exploit scientifique, avec des retombées auxquelles nul ne se serait attendu : GPS, chaînes d'information en continu, ordinateur portable, couverture isothermique, thermomètre auriculaire à infrarouge, etc. Encore aujourd'hui, une part disproportionnée des prix Nobel de sciences revient chaque année à des Américains, en grande partie parce que leur pays a décidé de se rendre sur la Lune avant les Russes voilà plus d'un demi-siècle. Décider de relever le défi du changement climatique entraînera toutes sortes de retombées bénéfiques inattendues. C'est ce que l'histoire nous apprend.

    À notre époque où l'obscurantisme met en péril la science, où les États-Unis menacent de se désolidariser du concert des nations au sujet du réchauffement planétaire, ce livre est un appel à l'action. David Suzuki y partage avec nous les plus récentes avancées des savants sur la question du climat, mais surtout il trace des pistes concrètes pour créer un monde plus sain et plus juste pour toutes et tous.

  • Le 24 juillet 1967, Charles de Gaulle, président de la France en voyage officiel, invité des gouvernements de Québec et d'Ottawa, a marqué à jamais l'histoire en prononçant, au balcon de l'hôtel de ville de Montréal, quatre mots - « Vive le Québec libre ! » - dont la portée a traversé le temps. Cet événement, ses causes et ses conséquences ont été maintes fois scrutés, répertoriés, analysés et commentés par tout ce qui « grouille, grenouille, scribouille ».

  • «J'ai entrepris un inventaire systématique de ma vie publique. De l'avantage d'être né décrit de façon chronologique, à partir de mes livres et de mes films, rassemblés par ordre de parution sur une étagère de ma bibliothèque, naissance, éducation, formation, publication, travail, activités littéraires ou cinématographiques et sociales. Le parcours d'un intellectuel de la Révolution tranquille: c'est mon acte de contrition.»

    Voilà comment Jacques Godbout présente De l'avantage d'être né, où ce témoin-acteur de l'évolution du Québec retrace son parcours d'homme et d'artiste d'hier à aujourd'hui.

    Nous y lisons le récit d'une enfance et d'une éducation à l'enseigne du Québec traditionnel, où l'Église occupe une place prépondérante. Issu d'une famille libérale, le jeune Godbout trouve très vite le moyen d'échapper à cette société étouffante. Dès le début de la vingtaine, il séjourne en Éthiopie, où il a été invité comme enseignant. À son retour, c'est un Québec qui s'est déjà mis en marche qui l'accueille. Il emboîte le pas et se retrouve à l'avant-garde. Il évoque pour nous la fondation du Mouvement laïque québécois, celle de la revue Liberté ou encore la mise en place de la section française de l'ONF et la création de l'Union des écrivains québécois.

    Il raconte aussi ses travaux de romancier, d'essayiste, de cinéaste. Nous voyons ainsi s'élaborer une oeuvre en perpétuel dialogue avec l'actualité, où la fiction sert de révélateur au cheminement d'une société.

    Tout aussi à l'aise dans les milieux politiques que dans les milieux littéraires, fasciné autant par la révolution culturelle et sociale qui s'opère aux États-Unis que par une France qui redécouvre le Québec dans un malentendu permanent, Jacques Godbout, figure emblématique de la modernité québécoise, nous livre ici un témoignage marquant.

  • Avec ce volume, les Éditions du Boréal rendent accessibles au grand public un ensemble de textes inédits du frère Marie-Victorin. Ces textes, que le scientifique nommait lui-même ses « lettres biologiques », sont tirés d'une correspondance qu'il a entretenue pendant plus de dix ans, de 1933 à 1944, avec celle qui était son assistante à l'Institut et au Jardin botaniques de Montréal, Marcelle Gauvreau. Formant un tout cohérent, ils contiennent ses réflexions et enquêtes sur la sexualité. On y voit Marie-Victorin aborder un champ d'études nouveau à une époque où la morale dominante rendait impensable toute discussion publique sur le sujet.

    La publication de ces lettres s'imposait, car elles représentent une contribution importante à l'histoire de la sexualité au Québec et à celle de la vie religieuse. En effet, les sources sur la vie intime des religieux sont rares, et tout ce qui touche à la sexualité est resté tabou jusqu'aux années 1960, au Québec comme ailleurs en Occident. Si ces lettres risquent encore de choquer de nos jours, c'est parce qu'elles présentent une vision de la vie sexuelle et du célibat bien éloignée de celle d'aujourd'hui. Elles nous rappellent la « grande noirceur » qui entourait alors les questions sexuelles et nous permettent de mesurer le chemin parcouru depuis.

    Ces lettres intéresseront autant l'historien que le psychologue ou le psychanalyste, car elles nous font découvrir une amitié profonde et spirituelle entre un homme et une femme, fondée sur une relation à Dieu qui barre la route à une relation physique que les deux savent impossible. Elles intéresseront également un public plus vaste, en ce qu'elles permettent de poser des jalons essentiels dans la trajectoire d'un intellectuel qui a profondément influencé la société québécoise par sa liberté d'esprit et de parole ainsi que son désir de secouer les conventions.

  • Le général Louis-Joseph de Montcalm est aujourd'hui tenu pour l'unique responsable de la déroute française du 13 septembre 1759 sur les plaines d'Abraham. Emporté par sa fougue, cet adepte des batailles rangées à l'européenne aurait fait basculer une victoire facile en défaite écrasante en ordonnant une charge frontale contre les forces de son rival britannique, James Wolfe. Sa précipitation aurait anéanti la puissance de feu exceptionnelle des miliciens canadiens et des guerriers autochtones de son armée. Tant la vision d'un Canada acquis à la civilisation par une Grande-Bretagne vertueuse que la vision d'une colonie laissée à elle-même font leur lit de la défaite de Montcalm.

    Au cours des soixante dernières années, les historiens ont fait du gouverneur Vaudreuil un bon Canadien ignoré par un Français, Montcalm, incapable d'apprécier les nouvelles réalités auxquelles il fait face, avec la suite de conséquences tragiques qu'on connaît. C'est cette image que vient remettre en question avec brio Dave Noël. Le dogme selon lequel le commandement français se serait révélé d'une radicale incompétence à la bataille des plaines d'Abraham découle d'une vision caricaturale des tactiques de guerre employées au milieu du XVIIIe siècle.

    En relevant les lectures erronées dont Montcalm a fait l'objet dans le passé et en retraçant son parcours américain, Dave Noël offre un portrait complet, sans complaisance, du personnage. Et il nous amène à revivre la fameuse bataille selon une perspective toute nouvelle.

  • En 1867, quand l'Acte de l'Amérique du Nord britannique a donné officiellement naissance au pays qui se situe au nord du 45e parallèle, les «pères de la Confédération», après moult délibérations, ont décidé de l'appeler «Canada», reprenant le nom, vocable autochtone francisé, d'une des composantes de la nouvelle entité. Le Canada serait désormais, from coast to coast, un pays arpenté, découpé et gouverné selon les principes politiques britanniques.

    Mais le Canada d'origine, celui qui existait depuis le xviie siècle, était un pays fort différent. Les Canadiens poussaient leurs canots et traçaient leurs sentiers sur un territoire qui allait de l'Alaska jusqu'à la Nouvelle-Espagne, de l'embouchure du Saint-Laurent jusqu'aux Rocheuses, nommant au passage rivières, lacs et montagnes, se mêlant aux nations premières, adoptant leur mode de vie, donnant naissance à une véritable culture créole, métisse, comme on en trouve aux Antilles ou au Brésil.

    Jean Morisset nous invite à redécouvrir ce Canada enfoui sous les aveuglements de l'histoire et les traductions approximatives des cartes géographiques. Il montre comment la British North America s'est fabriqué une identité à partir des cultures autochtones, canadienne et métis, tout en leur niant tout véritable pouvoir politique. Il montre enfin comment les Canadiens-faits-Québécois ont participé à cette appropriation du territoire en servant d'entremetteurs pour la Convention de la Baie-James, le dernier des traités historiques confirmant l'«extinction » des droits autochtones au profit du Dominion of Canada.

    Iconoclaste, provocateur, ce livre nous invite à une réflexion en profondeur sur nos origines, sur notre identité.

  • Paul-André Linteau est sans doute le plus grand spécialiste de l'histoire de Montréal. En cette année du 375e anniversaire de la métropole québécoise, il nous propose cette synthèse de l'histoire de la ville depuis la préhistoire jusqu'au début du XXIe siècle.

    Il en fait ressortir les grandes tendances - socioéconomiques, politiques et culturelles - et met en lumière les influences françaises, britanniques puis américaines qui ont orienté son développement. Il raconte les origines de la diversité ethnique et culturelle de Montréal et montre comment, de petite colonie missionnaire, la ville est devenue une grande métropole et le principal foyer culturel du Québec et des francophones d'Amérique.

  • À l'image de ce qui s'est produit dans les autres sociétés occidentales, l'histoire des femmes au Québec a été profondément marquée par le développement du capitalisme marchand, puis industriel, comme elle a aussi été modelée par le patriarcat qui s'est appliqué à restreindre les droits des femmes et leurs champs d'activités. Contrairement à ce que voudrait un mythe tenace, le Québec n'a jamais été une société matriarcale où les femmes auraient dominé les hommes et exercé le pouvoir dans la société.

    Par ailleurs, l'histoire des Québécoises comporte aussi des particularités, que cette brève synthèse fait ressortir en privilégiant six thèmes : les questions démographiques ; l'éducation ; le travail salarié et domestique ; la religion ; le droit et les rapports entre les femmes et l'État ; et l'action sociale et politique des femmes, y compris le féminisme.

  • Où en est actuellement le mouvement des femmes ? Depuis quelques années sont apparues des divergences entre féministes quant aux buts à atteindre et aux moyens à utiliser. Au Québec comme ailleurs, l'escalade de commentaires agressifs et méprisants de certains groupes de femmes à l'endroit d'autres n'est pas sans inquiéter : on associe le féminisme classique au racisme, à la xénophobie, à l'islamophobie, à l'exclusion, à la stigmatisation, au colonialisme, voire à l'impérialisme.

    Cette évolution ne met-elle pas à mal le féminisme en divisant les femmes et en les dressant les unes contre les autres ? Sous prétexte de défendre les opprimés, quel que soit leur sexe, ne va-t-elle pas parfois à l'encontre de l'égalité entre les femmes et les hommes ?

    Pour Andrée Yanacopoulo et ses collaboratrices, on a véritablement affaire à un détournement du féminisme. En conséquence, la position féministe doit non seulement être recadrée, mais elle doit aussi continuer de miser sur la nécessaire solidarité entre les femmes afin de contrer les diverses oppressions et discriminations qui affligent plus particulièrement certains groupes : les femmes pauvres, prostituées, autochtones, immigrantes, etc.

    Car l'évidence est là : quelque dominé, quelque minorisé, quelque bâillonné, quelque asservi que soit un homme, il y aura toujours un être humain qu'il pourra dominer, minoriser, bâillonner, asservir : sa femme.

  • Ce pamphlet est né du désarroi d'un professeur qui, année après année, voit débarquer dans ses classes au cégep des élèves incultes « comme ça se peut pas » et quasi illettrés, si l'on considère les difficultés que plusieurs d'entre eux (entre le tiers et la moitié) éprouvent à lire et à comprendre un texte simple, ainsi que leur méconnaissance abyssale des principes de base de l'orthographe.

    Il émane aussi du questionnement d'un citoyen qui se demande comment un régime démocratique qui ne serait pas de pure forme peut continuer à fonctionner adéquatement si les électeurs n'ont pas reçu une formation intellectuelle qui leur permette d'évaluer rationnellement les enjeux des débats dont ils sont théoriquement les arbitres.

    /> Il découle également du scepticisme d'un homme qui s'interroge, au nom de l'humanisme qui est le sien, sur l'immodestie de notre époque, pour ne pas dire sa forfanterie, quand elle s'imagine naïvement pouvoir « réinventer la roue » et qu'elle n'éprouve plus, de ce fait, le besoin de transmettre à ses propres héritiers le legs culturel, intellectuel, esthétique qui lui a permis d'être ce qu'elle est.

    Sur un plan plus personnel, enfin, ce pamphlet trouve sa source dans l'effroi causé au père que je suis par la perspective d'avoir des enfants ignorants, ou alors par les sommes importantes que nous, parents, devrions débourser pour que nos enfants reçoivent au secondaire un peu mieux qu'un semblant d'éducation.

    Pourquoi un pamphlet ? Parce que toutes ces préoccupations ne me gardent pas calme ! Et parce que, au point où nous en sommes, il n'est plus temps de faire - comme on dit - « dans la dentelle » !

    Patrick Moreau

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