Éditions David

  • Andrée Christensen nous invite à pénétrer dans son jardin, véritable atelier à ciel ouvert et source inépuisable de réflexions et de méditations sur le visible et l'invisible. Elle nous dévoile un monde de contrastes entre la terre qui se dépouille et l'extravagance du règne souterrain, alliant les forces intimes aux secrets touffus, parfois violents, de la nature.

    Ainsi je serai devenue jardin là où tout se tait pour mieux percevoir dans l'écho de la beauté l'inaudible du commencement Dans une éclosion d'images, où chaque vers est ciselé avec la précise géométrie d'un flocon, Andrée Christensen nous fait découvrir l'ADN végétal, minéral et animal de l'hiver.

  • Que faire de soi ? s'interroge le poète pour qui le monde est comme un rivage difficile à atteindre. Le ciel de son enfance, celui de la basse-ville, devient l'occasion, pour lui, de vivre au présent et de traverser enfin la nuit. Entre les souvenirs et la mort, où se tient la vie?

    Rue st-vallier je ne sais plus qui est l'écho de l'autre il me reste un peu de soleil dans les mains comme un bibelot de verre que la nuit n'a pas rongé je protège ce petit feu de rien et souffle sur les braises pour retrouver je ne sais plus quoi Depuis « Le feu de l'autre rive » et, surtout, « La lenteur du monde », Michel Pleau a entrepris une quête d'identité qu'il poursuit admirablement dans « Le ciel de la basse-ville ».

  • Une précarité, une perte : ce petit art de vivre pourrait-il arriver dans ses retranchements, fragilisé par le temps et une certaine usure des efforts ? Une crainte, mais empreinte de désir, car il s'y glisse aussi une persévérance, une prédisposition pour quelques échappées de lumière et de beauté.

    J'ai pensé trouver au retour un paquet, une lettre, une fleur. Cela suffisait pour me donner l'envie de rentrer. J'étais déjà préparée à ce qu'il n'y ait rien, mais ce rien avait déjà une aura.

  • Lyne Richard aime les silences. Autant ceux qui sont engrangés dans la mémoire depuis la naissance que ceux d'un jour qui se lève. En effet, nombreux sont les silences dans nos vies, mais ils sont le plus souvent épars. Écrire est une occasion de les rassembler.

    tu bâtis ta demeure
    avec tous les silences éparpillés
    lentement
    d'un peu de vent
    tu dépouilles le monde

    ce qui te suffit
    est aussi maigre que l'ombre

    Dans son dixième recueil, empreint d'une grande maturité, Lyne Richard trouve dans la poésie cette étrange parole, appelée « silence », que l'on imagine sans mots.

  • Un récit poétique d'une beauté terrifiante. Les légendes y sont tantôt incarnées, tantôt décharnées, dans des duels dont émane l'essence même du rapport à l'autre : la révélation de soi à soi. La violence et l'espoir s'y côtoient. Le regard et le toucher s'engagent dans une danse avec les esprits et les figures mythiques. Pulse alors, dans une ascension et au rythme du tambour, ce qui est et qui doit demeurer le plus fondamentalement humain : l'amour. À l'égard des siens. À l'égard de la terre. À l'égard de l'autrement inexplicable.

    Les Wendigos ont entendu chanter
    et ont commencé à frémir
    le Wendigo en chef, leur chef même
    a dit aux Indiens
    « Pourquoi n'arrêtez-vous pas tout ce vacarme
    personne ne peut vous entendre
    ça perturbe notre repos
    pourquoi n'acceptez-vous pas tout simplement votre destin
    tous vos braves hommes ont quitté ce monde
    nous les avons dévorés
    avons écrasé leurs os avec nos mâchoires
    et leur sang nous avons bu et encore
    ne sommes-nous pas même repus »

  • Le poème involontaire est une brèche ouverte sur l'interrogation de la poésie. Il est celui qui s'écrit malgré soi et où le lecteur devient à la fois confident et témoin.

    Le poème involontaire ne sait pas.
    Il sent la puissante largesse du temps,
    la rupture et l'effacement. La fuite.

  • Un peu avant l'aurore, au moment d'ouvrir les yeux, un homme sent que quelque chose d'extraordinaire va bientôt se produire. Il se lève, avance vers la fenêtre. Soudainement tout s'ouvre. Il sort. Une lumière mystérieuse l'éblouit. À ce moment précis, il sait que, désormais, tout sera changé. Rien ne sera plus jamais pareil.

    Tout flanche
    enfin la fenêtre s'ouvre
    seul le rythme d'une corde suspendue
    se conjugue au silence
    comme à travers un miroir
    qui reflète tout ce qui vient avant
    tout ce qui a été
    ce qui a à peine existé
    ou qui n'a pas encore eu la force d'être

    Un recueil envoûtant sur le désir, l'attente, la fascination, l'éblouissement, la peur et la transformation soudaine. Quelque chose qui annonce le début ou la fin de quelque chose...

  • Quand Hélène Leclerc observe sa réalité urbaine, des vélos filent au-dessus des roseaux, le soleil descend la côte sur un fil, le sapin s´embrouille derrière le barbecue, des étages de ciel apparaissent sur les immeubles et une pianiste géante joue sur le mur de l´église.

    Quartier des affaires au-dessus de mon reflet des étages de ciel concert à la chandelle sur le mur de l´église la pianiste géante

  • Une chambre de motel. Une femme seule y entre. De ce lieu intime et froid émergent des souvenirs, des douleurs, des espoirs qui lui feront revivre son histoire amoureuse. Elle se réconcilie lentement avec elle-même, se détachant de l'autre et de l'espace

  • Circatrices, c'est la poésie de ceux qui veulent mal l'entendre. À peu près et de loin. La déraison d'être, l'autre «autre», l'orgasme annihilateur du moindre souffle, le désir d'indifférence, le «je» régénérateur, le «moi» enclavé, le «vous» à fleur de peau cisaillée, tous immunisent, comme des leucocytes, contre la plaie de la distance, et contre la lésion laissée par l'espoir pendant la vie qui meurt en réaction acuponctuelle. Des récits d'amour et de mort ; une nécromanie, ainsipide, en quête d'une tendre fin. Le papier est tissu, au même titre que la peau. Le moindre mot l'ébrèche, le déchire, le stigmatise. Le papier coupe sous les ongles ; seul l'espace cicatrise.

    Je suis né avec le vertige.
    La chute vers l'inconnu.
    L'angoisse de vivre.
    L'asthme du trop-plein.
    Je suis né sans savoir comment faire ;
    C'est pourquoi « naître » est un verbe d'état.

    J'ai cessé de craindre la mort puisque je ne peux comprendre la naissance.

    La poésie ne doit pas exprimer les événements ; elle doit les créer et les circonscrire, sans limites. Entre «déjà» et «peut-être», entre «jamais» et «sans doute», entre «je» et «vous», il y a l'instant.

  • La lampe-tempête est une lampe ancienne dont la flamme est protégée du vent par un verre. Sous cette «lampe-tempête», le lecteur oscillera entre la tristesse liée à une relation perdue, à une absence, à la routine du quotidien et le bonheur de reconnaître que le verbe, l'écriture, le fait de nommer servent à repousser le vide. Sous cette lampe-tempête, la poésie protège en quelque sorte des ravages du temps, de la solitude, en appelant la parole à la rescousse et en assurant un recommencement.

    Où trouver ce jour cet univers autre quand les lampes hésitent encore parmi nos mots à lier ensemble peut-être sur la pente secrète du quotidien Un premier recueil soigné, habilement construit et lumineux : une nouvelle voix poétique à découvrir.

  • Entre le ciel et la terre, une femme voyage et cherche à s'ancrer au sensible. Prisonnière de la mer, elle «s'exerce à renaître», à vivre enfin. Prélude d'un réveil, séparation inéluctable, fuite de pouvoir, destin collectif, étrangeté de l'absence, ascension vers l'avenir, autant de pas à franchir avant l'accomplissement de soi. Douée d'une sensibilité profonde, elle s'attachera à ce qui semble être l'empreinte d'une caresse.

  • Né d'une vision de l'eau, englobant les deux pôles de l'infini, la mer et le ciel, «Déserts bleus» est devenu un voyage spirituel. Pour le poète, tout être humain participe à la même oeuvre vivante et c'est par la pensée, la parole, le geste et surtout, l'intention du coeur qu'il y parvient. «Je m'évade de mon nid de douleur découvrant des paysages révélés de l'être sous le savoureux rêve du réel sondant le volcan où crépitent mille faims et autant de soifs où gît la couronne entre le vide et l'infini» «Déserts bleus» marque une étape importante dans l'oeuvre poétique, à la fois étrange et mystique, du poète franco-ontarien, François Baril Pelletier. Dans ce recueil, il s'approprie le réel et célèbre la beauté qui nous ravage et nous unit.

  • Quête. Tumulte. Enchantement. Une mère dessine sur son visage les traits brefs de lenfance. Avec ses fils, elle voyage, accrochée aux nuages colorés de leur trajectoire. Et sur chaque montagne, ils chaussent leurs rêves et se mettent au monde à travers leau et le feu qui les animent tour à tour.



    Quand tu tireras le rideau sur mes joues en signe de poussières pour les remous et la tendresse je promets dêtre là tu poseras les gestes quil faut Un recueil touchant et sensible sur lenfance, ce passage fabuleux où tout naît du vide et du vertige. Une voix très particulière à redécouvrir !

  • Il y a éruption. Il y a ire ruption. Il y a d'abord eu ruption. C'est plus vaste et dévastant, plus actif, surtout, que rupture. Le magma, c'est les Autres. Ne restent que fumerolle et cinérite. Deux strates. Les champignons éclosent de toutes parts autour du fumeterre qu'est le poète; ils se nourrissent de la putréfaction et des coprolithes. Deux strates. Copro-duction.
    Dans la première partie, l'altérité s'avère troublante tellement elle soulage; le poète et sa poésie se décomposent, se délitent, se délient, se délisent presque. Je. Jet. Sous-je. Sujet. Dans la seconde partie, c'est l'entourage qui se saprolise au gré et au grès du contraste, du cynisme, de la bipolarité; le sujet s'objecte. Un coup d'oeil de mouche, de lucilie, porté vers l'ironie entre l'exégèse et le sens, entre la genèse et l'absurde : sujet altéré ou altérité assujetée ? Mort vécue ou naissance altéricide ?
    «Cinérite», c'est le brasero d'un poète à fleur de peau, en éruption cutanée. Dans toute l'ironie qui assure l'équilibre et le complémentarité. Dans l'inessentielle essence des objets. Dans le volte-face de l'étymologie. Seuls les mots peuvent recomposer...

  • Dans un souffle aux accents épiques, Lyne Richard aborde l'amour et l'érotisme, la tendresse et la violence, le bonheur et la douleur avec la même acuité. Entre ces pôles, sa voix nous fait voyager et rappelle notre fragilité. Marcher pieds nus sur nos disparitions, c'est à la fois un parcours amoureux et un regard lucide porté sur un univers où la beauté s'étrangle. Les thèmes de la solitude, des recommencements, de l'humanité perdue résonnent à travers ces poèmes où le coeur et le corps accueillent les battements du monde. il faut rester vivants mon amour à l'heure où le monde farde ses ruines Lyne Richard allie des images sensuelles et bouleversantes à la puissance des émotions et à la musique des mots.

  • aube glaciale / des fumées de mer / tamisent la lumière Les fumées de mer sont un phénomène typique du fleuve Saint-Laurent en hiver. Ces immenses colonnes de vapeur deau qui par matin de grand froid, tels des encensoirs du ciel, montent des eaux glacées du fleuve et glissent lentement vers la mer ont dû surprendre et émerveiller les premiers Européens installés au Québec, comme elles nous transportent encore aujourdhui. Regarder passer les fumées de mer à laube, cest assister à la rencontre de la terre et du ciel et participer, en quelque sorte, au choc des éléments.

  • S'inspirant de la porcelaine qui évoque paradoxalement une certaine fragilité et une grande résistance (ne supporte-t-elle pas la cuisson à un très haut degré?), la poète s'interroge sur sa présence dans le monde et son lien à l'autre.

    Quant aux oies, c'est bien sûr la migration, la distance, mais aussi le retour, la solitude, la naïveté et aussi la résilience...

    Je sais par coeur la porcelaine des oies sauvages tombées de froid. Dans l'éclatement des bruits, le coeur se règle du côté des étoiles.

    Hélène Poirier aborde ici, avec finesse, le thème de l'urgence de vivre malgré les blessures et les cicatrices laissées par le passage du temps.

  • Une femme s'offre un espace où respirent l'être et le devenir. Il ne s'agit plus de fuir, mais de plonger dans un profond désenchantement. Cette descente éclaire les voies qui l'accompagnent, les êtres qui la touchent, la mort latente qui la pousse à revivre malgré tout. Au fil de chaque poème, elle convainc que, malgré les craquements et la noirceur, il existe toujours un recommencement et de la lumière.

    «La nuit, j'emmaillote les algues qui font de nous ce que nous sommes. J'accouche du givre bleu de l'hiver. Sans laisser de traces. Aucune.» Maniant avec finesse le poème en prose, Marie-Belle Ouellet poursuit ici sa quête de sens en convoquant l'identité féminine et son rapport à l'altérité.

  • Dans ce besoin qu'a la poète Lyne Richard de saisir l'essence même de sa vie s'en profile un autre : le désir d'habiter de façon lucide l'humanité à travers sa beauté et ses horreurs. Elle ouvre, ici, le poème à sa voix et à celles des femmes du monde.
    «La patience des cerfs-volants» se compose de poèmes-correspondances écrits pour ses filles longtemps parties vers d'autres pays, alors que «Le bruissement des cendres» est constitué de poèmes en prose qui parlent de toutes ces femmes victimes de la violence, de la guerre et, surtout, de l'absence de liberté.

    L'auteure parvient dans une parole juste et des images fortes à créer un espace poétique où le lecteur sera touché par la sensibilité profonde d'une mère et d'un être qui fait face au monde et qui questionne l'expérience de vivre.

  • Le grand nord fond ses glaces vers d'autres alchimies nous sommes dans l'apesanteur où le poids de la terre ne nous supporte plus La Terre. Impossible de dire son nom sans souffrir avec elle.
    Pourrons-nous un jour lui inventer des frontières moins meurtrières, loin des versants de la violence ? Rendre aux rivières des eaux plus limpides venues de sources si loin en soi ? L'aimer jusqu'à la cicatrice ?

    «Terre de faïence» respire la ferveur de l'abandon et du désir, tient parole en nous, de son premier souffle à son dernier mot.

  • Dans Saisons de sel, Claude Marceau nous fait découvrir lestuaire démesuré du Saint-Laurent et son golfe.

    De Tadoussac à Natashquan, une voiture imaginaire roule et ses passagers admirent plages, îles, îlots, baies, criques, bêtes et oiseaux, traversent paysages, villes-champignons, pittoresques villages, dans un périple qui prend tout son temps et touche à léternel, sarrêtent parfois pour pique-niquer, allumer un petit feu de grève, pêcher, récolter des coquillages et parler avec les gens flèches vivantes / les fous de Bassan plongent / à cent kilomètres/heure aurores boréales / blanches et roses et vertes / une danse sur la mer

  • Inspiré de la musique, Bleu Bémol est constitué dassonances, de rythmes, de phrases musicales, de mouvements libres qui tracent le début et la fin de tout ce qui est essentiel. Paul Savoie y approfondit les différentes dimensions du bleu, la couleur, létat dâme, cette zone dêtre qui lui permet de percer le gris ou de traverser le cristal, deux voies qui façonnent son imaginaire.

    la lumière te maquille de brillance ton corps à peau tendue bat le tam-tam comme le doigt fait parfois vibrer la corde la plus triste laccord soutenu de la déchirure Par-delà la symbolique du bleu, véritable porte dentrée pour redécouvrir le monde et son intimité, lauteur de CRAC (Prix Trillium 2006) explore ici le cheminement passionné de deux êtres lun vers lautre.

  • Courtepointe, hamac, planche, rabot, guéridon, carte, atlas, barbacane et sarbacane; fréon, brique, pierre, métal, bois, jute, plastique, vinyle et simili synthétique : les appareils, les usages et les substances se confondent devant et dans la glace d´Éric Charlebois. Le poète atypique aime le vertige, les montres fracassées, les heures de pointe, les piments forts et la cannelle. Il a peur du sang, du silence, de l´heure où les lampadaires sont censés s´allumer et où les ampoules s´exaspèrent. Le miroir mural devant la berceuse électrique n´échappe pas à la douce folie qui imprègne sa poésie.

    J´ai écrit mon testament, accoudé au zinc de l´estaminet, des miroirs de kaléidoscope dans les yeux, le tableau périodique pour clavier et toutes les couleurs du spectre à la brunante grisante.

    Un recueil charnière, une berceuse grinçante pour endormir le mortel en soi et préserver le rapport à l´autre.

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