Françoise Davoine

  • Sous la forme d'un dialogue de l'auteur avec son mari disparu (psychanalyste lui aussi et venu de la littérature), Comme des fous est le commentaire du livre premier de La Vie et les Opinions de Tristram Shandy, Gentleman, roman majeur de la littérature occidentale, écrit par Laurence Sterne (1713-1768) dans les dix dernières années de sa vie.
    Le dialogue, actif, contrasté, décrit vivement les traumas et la folie qui s'emparent des personnages, et propose une lecture psychanalytique, mais aussi philosophique, historique et politique de ce roman de la déraison.

    Françoise Davoine questionne à mi-voix l'usage que l'on peut faire de l'écriture et de la création littéraire dans une culture qui bat la breloque :à quoi bon Swift, ou Cervantès, ou Sterne, si le combat a lieu entre les fools et les knaves, entre les fous et les crapules ? Tandis qu'avec une insouciance baroque dans le ton même de Sterne, et en profitant sans doute de son propre statut de disparu, le défunt époux de l'auteur fait ironiquement le psychanalyste, par petites touches, cite au passage Lacan, Freud ou Hannah Arendt, et dérange si bien l'avancée obstinée de l'auteur que l'on oublie que c'est Françoise Davoine qui le fait parler : dans un monde de fous, l'écriture redonne vie aux disparus, et remet le temps en marche.

  • Best-seller après la Bible, Don Quichotte doit son succès international dès sa parution à son pouvoir de guérir la mélancolie, comme l´a conçu son auteur, à plus de cinquante ans. Comme des patients qui passent pour fous, comme l´auteur dans sa propre vie, Cervantès a chargé Don Quichotte, qu´il appelle son fils fou, de mettre en scène les traumatismes traversés de son vivant.

    Françoise Davoine fait résonner ce grand texte avec des cas de sa pratique ou des événements de son histoire personnelle. Elle décrit comment les épisodes de crises successives du chevalier errant sont une façon de faire revivre les guerres et l´esclavage de Cervantès lui-même pendant cinq ans au bagne d´Alger, tout comme les crises psychotiques sont des façons de montrer ce qui ne peut se dire dans les silences orchestrés des familles et de la société, autour de traumatismes majeurs. Et en même temps, ces crises de folie indiquent le moyen d´en sortir. Ici le thérapeute est Sancho Pança, qui sait de quoi il retourne pour en avoir eu l´expérience.

    Le livre suit donc pas à pas les différents épisodes du Don Quichotte qui ouvrent le champ progressif des batailles, depuis les voiles des moulins et des bateaux sur lesquels Cervantes combattit contre les Turcs à la bataille de Lépante jusqu´à l´épisode des troupeaux de moutons où il voit se dérouler une guerre internationale exactement sur les mêmes fronts qu´aujourd´hui au Moyen- Orient. Puis, quand il a épuisé l´investigation de toutes ces histoires réelles, Don Quichotte prend le maquis dans la montagne. Grâce à son travail littéralement analytique, il va guérir les traumatismes des uns et des autres rencontrés en chemin. Ainsi Don Quichotte, parti seul dans ses lubies au début du livre, finit par réunir à la taverne plus de trente personnes qui, grâce à son travail d´analyste, ont pu renouer des liens.

  • Quelque dix ans après les premières aventures de Don Quichotte, Miguel de Cervantès repart à l´attaque, le prétexte lui en étant donné par un plagiat. Françoise Davoine et Jean-Max Gaudillière emboîtent le pas à ce nouveau voyage extraordinaire où la perversion s´étale au grand jour, organisatrice d´un lien social. Cervantès montre que la fiabilité repose essentiellement sur la force de la parole donnée, qui doit traverser les mensonges, la séduction et le secret, les abus et les crimes. Avant de mourir, il nous enseigne l´efficacité de sa démarche, toute folle qu´elle apparaît. Les «bons entendeurs » que sont les psychanalystes sauront reconnaître l´expérience acquise au contact des traumas de guerre, et recevoir aussi des histoires cliniques qui illustrent la démarche quichottesque, soutenue par un seul principe : trauma, folie, même combat. La perversion, réduisant le sujet à l´état d´un objet, constitue la véritable cible du roman, comme aussi de ce deuxième livre consacré aux combats victorieux du héros cervantin.  À bon entendeur, salut !

  • Bien que consacré à un créateur, ce nouveau numéro n'est pas conçu comme un simple hommage à Denis Gougeon : l'organe de réflexion qu'est Circuit vous propose une exploration de son univers musical afin de mieux apprécier le créateur et son oeuvre. Dans cette optique, le numéro débute par un entretien par Françoise Davoine et se poursuit avec un texte de Denis Marleau soulignant l'intérêt soutenu du compositeur pour la musique de scène et de théâtre. Les thèmes de prédilection de Gougeon, entre affect et narrativité, ainsi que son approche pédagogique sont aussi abordés dans ces pages.

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