Eric Hazan

  • Dans les années 1790, pour le grand leader whig Charles James Fox, la Révolution française était "l'événement le plus important qui se soit jamais produit dans le monde". Depuis, avec le passage de l'actualité à l'Histoire, la Révolution a gardé son pouvoir de fascination. Le sujet n'est pas neutre : une importante école historique considère la Révolution comme un trouble malencontreux venu bouleverser de façon sanglante le mouvement général vers le libéralisme. Le présent livre s'inscrit dans une toute autre lignée, pour qui la Révolution a changé à jamais la façon de penser et de vivre du monde occidental.
    Il est construit comme un récit qui donne à entendre les deux voix de la Révolution : celle des assemblées, des personnages célèbres, et celle du peuple, des anonymes, des femmes, des paysans, que l'on perçoit tantôt comme un bruit de fond et tantôt comme un grondement assourdissant. Ces deux voix se mêlent aux moments d'incandescence révolutionnaire, en juillet 1789, en août 1792 où la royauté est abbatue, en mai-juin 1793 lors de la chute de la Gironde. Et quand ces voix se font discordantes, alors viennent les moments les plus sombres, jusqu'au drame du 9 thermidor.
    "Les héritiers des thermidoriens qui nous gouvernent sans discontinuer depuis lors cherchent à travestir l'histoire de la Révolution. Contre eux, gardons vivante la mémoire, gardons l'inspiration de ce moment où l'on put entendre que les malheureux sont les puissances de la terre, que l'essence de la république et de la démocratie est l'égalité, et que le but de la société est le bonheur commun".

  • Un livre d'histoire ? oui et non. Oui, parce qu'on y parcourt quelque 220 ans d'émeutes, soulèvements, insurrections et révolutions, depuis la prise de la Bastille jusqu'à la chute de Ben Ali et Moubarak en passant par Juin 1848, la Commune de Paris, les révolutions russes de 1905 et 1917, celles d'Allemagne, de Chine, d'Espagne, de Cuba, la Commune de Shanghai, l'insurrection zapatiste... Non, parce qu'on n'y trouve pas les descriptions « objectives » habituelles, ni les considérations morales qui les accompagnent si souvent. C'est que le but est clairement politique : repérer dans l'histoire révolutionnaire ce qui peut servir à surmonter le pessimisme ambiant et à penser l'action à venir. On verra que les plus grandes insurrections partent de la colère du peuple et non du bouillonnement des idées politiques ; qu'après la victoire, le chaos, toujours brandi comme une menace, ne survient jamais ; qu'un rapport de force défavorable peut s'inverser en une journée ; que les épisodes les plus célèbres sont souvent des constructions légendaires.
    Ce livre engage à ne plus lire cette « histoire » avec des yeux d'éternels vaincus, à ne plus y voir un répertoire de catastrophes mais une source vive d'enseignements et d'exemples. La formation de forces révolutionnaires passe par la réappropriation de notre passé.

  • Quoi de commun entre la bataille de Paris, le 30 mars 1814, et le concours pour le Grand Paris organisé par Sarkozy au printemps 2009 ? Entre le Paris des "Fleurs du mal" et l'anniversaire des journées de juin 1848 ? Quel fil relie les quartiers pauvres du Paris romantique, les noms des rues parisiennes d'aujourd'hui, les méfaits des services de la voirie et des espaces verts de la capitale ? Ce qui fait la cohérence de sujets aussi divers, c'est la conviction que Paris est encore ce qu'il a été pendant plus de deux siècles : le grand champ de bataille de la guerre civile en France. Et si, pour le moment, ce champ se réduit à quelques lieux emblématiques - Barbès, Belleville, la gare du Nord -, en le voyant s'étendre au-delà du périphérique, quelles belles perspectives s'ouvrent pour d'inacceptables subversions !


  • Une "vague d'antisémitisme en France" ? Pourquoi la dénonciation de cette "vague" a-t-elle commencé en 2002, quand a été lancée la guerre contre l'axe du Mal, en Afghanistan, en Irak, en Palestine ? Qu'en est-il de l'antisémitisme en France aujourd'hui ? Est-il, comme le soutiennent certains, la tache qui stigmatise la jeunesse arabe des quartiers populaires ? Et ceux qui mènent la campagne contre "la vague", qui sont-ils, d'où viennent-ils, quelle est leur rhétorique, quels intérêts défendent-ils ? Pourquoi s'en prennent-ils si violemment aux "mauvais juifs", aux "juifs de négation", victimes de la "haine de soi" ? Comment se fait-il que la traque de "l'antisémitisme" soit infiniment plus virulente en France qu'en Israël et même qu'en Allemagne ? Telles sont quelques-unes des questions auxquelles ont réfléchi Alain Badiou et Eric Hazan. Leurs réponses sont une attaque frontale contre l'hypocrisie et la mauvaise foi qui règnent dans cette affaire.

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