Eric Hazan

  • Places royales et faubourgs brumeux, enceintes, barricades et passages, c'est la trame serrée des quartiers parisiens qui organise cette déambulation proposée aux flâneurs des rues et des livres.
    On y voit naître, au rythme des enceintes successives, l'éclairage public, l'enfermement des pauvres et des fous, le numérotage des maisons, les terrasses des cafés et la police de proximité. Du Marais des Précieuses au XIe arrondissement des "branchés", on assiste aux migrations de la mode, à l'apparition de microvilles dans la ville, celles de Scarron, de Des Grieux, de Desmoulins, de Rubempré et de l'autre Lucien, Leuwen, celles de Gavroche, de Baudelaire et de Manet, d'Apollinaire, celles encore de Nadja, de Doisneau ou d'Anna Karina.
    Mais les vrais héros du livre, ce sont des anonymes, les architectes du désordre qui, de génération en génération, se sont transmis l'art d'empiler les magiques pavés, au faubourg Saint-Antoine en prairial an III, au cloître Saint-Merri en juin 1832, au clos Saint-Lazare en juin 1848, à Belleville en mai 1871, au quartier Latin en mai 1968, démontrant chaque fois - et plaignons ceux qui croient la série close - la force de rupture de Paris.

  • Dans les années 1790, pour le grand leader whig Charles James Fox, la Révolution française était "l'événement le plus important qui se soit jamais produit dans le monde". Depuis, avec le passage de l'actualité à l'Histoire, la Révolution a gardé son pouvoir de fascination. Le sujet n'est pas neutre : une importante école historique considère la Révolution comme un trouble malencontreux venu bouleverser de façon sanglante le mouvement général vers le libéralisme. Le présent livre s'inscrit dans une toute autre lignée, pour qui la Révolution a changé à jamais la façon de penser et de vivre du monde occidental.
    Il est construit comme un récit qui donne à entendre les deux voix de la Révolution : celle des assemblées, des personnages célèbres, et celle du peuple, des anonymes, des femmes, des paysans, que l'on perçoit tantôt comme un bruit de fond et tantôt comme un grondement assourdissant. Ces deux voix se mêlent aux moments d'incandescence révolutionnaire, en juillet 1789, en août 1792 où la royauté est abbatue, en mai-juin 1793 lors de la chute de la Gironde. Et quand ces voix se font discordantes, alors viennent les moments les plus sombres, jusqu'au drame du 9 thermidor.
    "Les héritiers des thermidoriens qui nous gouvernent sans discontinuer depuis lors cherchent à travestir l'histoire de la Révolution. Contre eux, gardons vivante la mémoire, gardons l'inspiration de ce moment où l'on put entendre que les malheureux sont les puissances de la terre, que l'essence de la république et de la démocratie est l'égalité, et que le but de la société est le bonheur commun".

  • " Mon trajet est plutôt diurne et va d'Ivry à Saint-Denis, il suit à peu près la ligne de partage entre l'est et l'ouest parisiens ou, si l'on veut, le méridien de Paris. Cet itinéraire, je l'ai choisi sans réfléchir mais dans un deuxième temps il m'a sauté aux yeux que ce n'était pas un hasard, que ce tracé suivait les méandres d'une existence commencée près du jardin du Luxembourg, menée pendant longtemps face à l'Observatoire et poursuivie au moment où j'écris plus à l'est, à Belleville, mais avec de longues étapes entre-temps à Barbès et sur le versant nord de la butte Montmartre. Et de fait, sous l'effet de cet incomparable exercice mental qu'est la marche, des souvenirs sont remontés à la surface au fil des rues, jusqu'à des fragments de passé très lointains, à la frontière de l'oubli. "
    E. H.
    Une traversée de Paris du sud au nord, où se réveillent, au fil des pas, les souvenirs de l'auteur (l'enfance, la jeunesse, les études, les pratiques de la médecine, puis de l'édition) et ceux de la ville dans son entassement d'époques et d'événements.

  • Un livre d'histoire ? oui et non. Oui, parce qu'on y parcourt quelque 220 ans d'émeutes, soulèvements, insurrections et révolutions, depuis la prise de la Bastille jusqu'à la chute de Ben Ali et Moubarak en passant par Juin 1848, la Commune de Paris, les révolutions russes de 1905 et 1917, celles d'Allemagne, de Chine, d'Espagne, de Cuba, la Commune de Shanghai, l'insurrection zapatiste... Non, parce qu'on n'y trouve pas les descriptions « objectives » habituelles, ni les considérations morales qui les accompagnent si souvent. C'est que le but est clairement politique : repérer dans l'histoire révolutionnaire ce qui peut servir à surmonter le pessimisme ambiant et à penser l'action à venir. On verra que les plus grandes insurrections partent de la colère du peuple et non du bouillonnement des idées politiques ; qu'après la victoire, le chaos, toujours brandi comme une menace, ne survient jamais ; qu'un rapport de force défavorable peut s'inverser en une journée ; que les épisodes les plus célèbres sont souvent des constructions légendaires.
    Ce livre engage à ne plus lire cette « histoire » avec des yeux d'éternels vaincus, à ne plus y voir un répertoire de catastrophes mais une source vive d'enseignements et d'exemples. La formation de forces révolutionnaires passe par la réappropriation de notre passé.

  • Quoi de commun entre la bataille de Paris, le 30 mars 1814, et le concours pour le Grand Paris organisé par Sarkozy au printemps 2009 ? Entre le Paris des "Fleurs du mal" et l'anniversaire des journées de juin 1848 ? Quel fil relie les quartiers pauvres du Paris romantique, les noms des rues parisiennes d'aujourd'hui, les méfaits des services de la voirie et des espaces verts de la capitale ? Ce qui fait la cohérence de sujets aussi divers, c'est la conviction que Paris est encore ce qu'il a été pendant plus de deux siècles : le grand champ de bataille de la guerre civile en France. Et si, pour le moment, ce champ se réduit à quelques lieux emblématiques - Barbès, Belleville, la gare du Nord -, en le voyant s'étendre au-delà du périphérique, quelles belles perspectives s'ouvrent pour d'inacceptables subversions !

  • Que s'est-il passé depuis que l'" entreprise France ", comme on dit maintenant à l'Elysée, a changé de propriétaire, le 6 mai au soir ? Dans cette chronique des Cent Jours du sarkozysme triomphant " sans tabou ni complexe ", on assiste à l'installation d'un nouveau système. Derrière des mots neutres – bouclier fiscal, TVA sociale, franchise médicale –, il s'agit d'enrichir les riches en faisant payer les pauvres. Derrière l'hommage à Guy Môquet et aux martyrs du Vel d'Hiv, on rafle les sans-papiers qui n'ont pas " vocation " à rester parmi nous. L'oligarchie de la finance, de l'armement et du show-biz, se resserre autour du président de tous les Français et l'asservissement des médias cimente le consensus ambiant.
    /> Mélangeant à dessein les sources les plus variées, s'aidant d'entretiens avec Jacques Rancière (sur la notion de populisme), Alain Badiou (sur la trahison chez les anciens maoïstes), et Daniel Bensaïd (sur l'actualité du marxisme), Eric Hazan donne à voir une évidence, que chacun est plus que jamais tenu de taire : la guerre civile continue.
    Éditeur et écrivain, Eric Hazan dirige les éditions La Fabrique. Il est notamment l'auteur de L'Invention de Paris (Seuil, 2002), Chronique de la guerre civile (La Fabrique, 2004), LQR, La propagande du quotidien (Raison d'agir, 2006).

  • Intermittente par nature et devenue symbole des combats de rue, la barricade est le lieu d'histoires singulières, souvent poignantes. Amas d'objets disparates, barriques (dont elle tire son nom), planches, moellons, charrettes, elle offre à un peuple d'ouvriers, d'enfants, de cantinières le moyen de s'opposer au pouvoir, bouleversant à chaque fois l'espace de la ville. Journée des barricades de 1570, barricades de la Fronde ou des canuts, barricades de la Commune : l'histoire de France, et plus encore celle de Paris, est marquée par ces objets hétéroclites et provisoires.
    Dans un récit documenté et foisonnant, Eric Hazan livre une passionnante histoire de la révolte populaire dont la barricade est devenue l'emblème.


  • Une "vague d'antisémitisme en France" ? Pourquoi la dénonciation de cette "vague" a-t-elle commencé en 2002, quand a été lancée la guerre contre l'axe du Mal, en Afghanistan, en Irak, en Palestine ? Qu'en est-il de l'antisémitisme en France aujourd'hui ? Est-il, comme le soutiennent certains, la tache qui stigmatise la jeunesse arabe des quartiers populaires ? Et ceux qui mènent la campagne contre "la vague", qui sont-ils, d'où viennent-ils, quelle est leur rhétorique, quels intérêts défendent-ils ? Pourquoi s'en prennent-ils si violemment aux "mauvais juifs", aux "juifs de négation", victimes de la "haine de soi" ? Comment se fait-il que la traque de "l'antisémitisme" soit infiniment plus virulente en France qu'en Israël et même qu'en Allemagne ? Telles sont quelques-unes des questions auxquelles ont réfléchi Alain Badiou et Eric Hazan. Leurs réponses sont une attaque frontale contre l'hypocrisie et la mauvaise foi qui règnent dans cette affaire.

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