Eric Marty

  • Disjoindre le sexe et le genre est un geste éminemment moderne, théoriser cette dissociation l'est plus encore.

    Ce livre est d'une certaine manière l'histoire de ce geste. Il nous mène des grandes entreprises déconstructrices de la Modernité des années 1960-1980 jusqu'au triomphe contemporain de la théorie du genre : de Sartre, Lacan, Deleuze, Barthes, Derrida ou Foucault jusqu'à Judith Butler.

    Pourtant, parce qu'il s'agit d'un objet aussi fuyant que précieux, le sexe des Modernes est aussi un révélateur. Loin d'être tout à fait commun aux deux espaces intellectuels que sont l'Europe et les États-Unis, il est peut-être témoin de leurs divisions : disputes, équivoques, héritages détournés, et guerres silencieuses ou avouées...

    Il s'agit ici non seulement d'éclairer des doctrines récentes que la confusion des temps travaille à obscurcir, mais d'explorer ce qui s'est déplacé au tournant des XXe et XXIe siècles entre le continent européen et le continent américain. Transmission ou au contraire fracture ?

    Car le moment est venu d'interroger le partage du sexe et du genre sous l'angle de son histoire puisque cette histoire est la nôtre, et sans doute plus que jamais.

    E.M.

  • " La littérature et le droit à la mort " est le titre d'un texte célèbre de Maurice Blanchot.
    Trente ans après la mort de Roland Barthes (26 mars 1980), un de ses proches amis, Éric Marty, lui rend un hommage fondé sur les textes mêmes, en particulier le Journal de deuil, publié en 2009.
    Rappelant le climat des années 1970, et soulignant l'audace et parfois la solitude de Barthes, ce bref essai issu d'une conférence donnée le 9 février 2010 au Collège de France, part d'une question éminemment moderne : " qu'ai-je le droit, que m'est-il possible d'écrire ? "
    Avec le Journal de deuil, Barthes plonge au plus profond de l'intime, tout au bord de là où la parole s'éteint. Ce texte, suggère Éric Marty, ne pouvait exister qu'à titre posthume, car il n'y avait personne pour l'entendre du vivant de l'auteur. Ce Journal était posthume dans son écriture même.

  • " Pourquoi le XXe siècle a-t-il pris Sade au sérieux ? " Cette question a la force de l'évidence. Elle n'a pourtant jamais été posée aussi clairement et ouvertement que dans ce livre qui explore un des fétiches culturels, philosophiques et politiques majeurs de la séquence moderne dont les acteurs sont ici Adorno, Klossowski, Bataille, Blanchot, Foucault, Lacan, Deleuze, Sollers, Barthes... ou encore Pasolini avec son terrible et magnifique Salò ou les 120 journées de Sodome.
    Chacun de ces penseurs, écrivains ou artistes a fait de Sade un personnage fondamental de son aventure intellectuelle qui fut aussi une aventure personnelle.
    Le temps est venu d'interroger cette fascination ambiguë qui nous concerne profondément, et peut-être plus que jamais.

  • " Il se revoyait maintenant le rasoir dans la main droite, revenir près du lit où elle reposait. Et le mouvement précis, sûr et net avec lequel il l'avait égorgée. Où avait-il appris un tel geste ? D'où le possédait-il ? Et cette démarche de fou ? D'où lui venait-elle ? Un meurtre, il le savait maintenant, il suffit d'en commettre un, et l'on comprend alors que ce n'est pas si difficile. Le meurtrier n'éprouve pas seulement de la jouissance, il atteint à une connaissance, c'est-à-dire une délivrance.
    Il sait que la vie humaine n'a aucune valeur. "
    Assassinats, enlèvements, un groupe de l'extrême gauche radicale sème désordre et violence dans Paris, se joue de la police et des médias. Au cœur des événements, une jeune prostituée chinoise, Lu, et un activiste en fuite du nom de Politzer vont croiser leurs destins de désir et de mort.
    Un thriller politique intense et une satire cruelle de la France contemporaine. En même temps que l'histoire d'une passion.
    Essayiste et écrivain, Éric Marty enseigne la littérature contemporaine à l'Université Paris-Diderot.

  • Le métier d'écrire
    Pourquoi Roland Barthes ? C'est peut-être à cette interrogation que le présent livre tente de répondre. Plus de vingt-cinq ans après sa mort, mais aussi, après la disparition, dans les années qui suivirent, de toute une génération qui avait donné un sens neuf à l'acte de penser, une telle question n'est pas indécente. Davantage qu'une nécessité, elle trouve un certain charme à être posée.
    Roland Barthes, le métier d'écrire expose Barthes à trois lectures : " Mémoire d'une amitié ", récit autobiographique qui raconte au quotidien les dernières années ; " L'oeuvre ", qui parcourt la totalité des textes dans leur déploiement chronologique et singulier ; " Sur les Fragments d'un discours amoureux ", séminaire qui décrypte la stratégie souterraine du livre le plus connu de Barthes, à travers les motifs obsédants de l'Image et du " Non-Vouloir-Saisir ".
    Le témoignage, le panorama, le séminaire : tout cela constitue un véritable cheminement. Au récit de la rencontre du jeune disciple avec le maître succèdent une méditation sur l'oeuvre et son exploration minutieuse. " Le métier d'écrire " devient alors la formule même de la vie d'écrivain.
    E.M.

  • La fille

    Eric Marty

    " Dans le village de Landon, à l'extrême nord de la France, celui qu'on appelait la fille était déjà depuis longtemps la proie de nombreux hommes. Il était la proie. Un joli gibier. "
    La fille, c'est Claudie, un garçon du village avec qui le narrateur a connu une idylle lorsqu'ils étaient enfants. Mais une dizaine d'années plus tard, c'est à une sorte de chasse à la fille que Claudie est confronté, avec pour protecteur et sauveur celui qui raconte l'histoire. Protecteur et sauveur ? Disons aussi l'un de ses poursuivants les plus acharnés.
    Ce roman cruel, tendre, poétique, réaliste, ne raconte pas seulement une histoire d'amour et de violence hors des normes, il dépeint aussi toute une humanité, celle d'un petit village à l'écart du monde, dont les habitants terribles et attachants hantent et colorent les rêves, les errances, les désirs des deux héros.
    Auteur de nombreux essais, Éric Marty enseigne la littérature contemporaine. La Fille, après Sacrifice (1992) et Le Cœur de la jeune Chinoise (2013), est son troisième roman.

  • Dublin, 1920. L'insouciance, mâtinée d'un brin d'inconscience, essaie de se frayer un chemin en plein coeur de la guerre d'indépendance qui fait rage aux quatre coins de la ville. Espiègle chef de bande, Billy va voir son destin basculer au fil des rencontres et des événements. Défier les rivaux venus de l'autre côté de la Liffey est une chose, entrer dans l'univers obscur et impitoyable de la lutte en est une autre ; surtout quand on est adolescent et qu'on rêve d'être un jour le meilleur joueur de hurling de Dublin...
    À PROPOS DE L'AUTEUR
    Journaliste pendant vingt-six ans, Éric Marty change d'horizon professionnel et se lance dans l'écriture de son premier roman. Cet amoureux de l'Irlande et passionné de sa tumultueuse histoire raconte une tranche de vie rattachée à la Verte Erin.

  • La Barre haut

    Eric Marty

    La Barre haut, roman inspiré d'une expérience vécue, relate le parcours des élèves d'une prépa aux concours d'entrée à l'École Nationale d'Administration confrontés à des situations cocasses, surprenantes et parfois incongrues qui illustrent les embûches de ces bûcheurs.
    Au fil des pages, joue la sélection naturelle. À l'arrivée, peu d'élus. Des deux personnages principaux, l'un réussit le concours, l'autre pas. Entre public et privé, passion et politique, amour ou amitié se déroule un chassé-croisé jusqu'à l'aboutissement ultime : l'annonce de la suppression de l'école par le président de la République. Préfacé par Denis Tillinac, il ne s'agit pas d'un énième opus sur les happy few des grands corps (Conseil d'État, Inspection des finances, Cour des comptes) et de la politique sortis dans "la botte", même si leur ombre plane sur tout le récit, mais d'une galerie de portraits d'apprentis énarques qui rejoindront la cohorte des administrateurs civils dans l'anonymat et la grisaille administrative.

  • Le Journal de Gide a quelque chose de fondateur en ce qu'il réalise comme aucun autre ce qui fait la loi même de cette pratique qu'est l'Écriture du jour. Ni autoportrait, ni autobiographie, nos confession qui sont des entreprises de rétrospection, le Journal traque et dessine dans la trivialité fragmentée des jours, une trace singulière de soi à même le Réel.
    En ce sens, l'écriture du jour est la tentative de se dépendre de toutes les doxa tout en s'y affrontant : les discours du Monde, comme les discours du Moi ; mais c'est également le lieu où s'éprouve au présent l'authenticité de la parole dans ses engagements les plus exclusifs : l'amour, le mysticisme, le politique.
    Si Gide a pu passer pour le premier des Modernes grâce aux innovations formelles de son œuvre romanesque, son Journal extraie de lui un visage plus secret, plus fascinant et moins saisissable : celui du premier des Maîtres que le vingtième siècle ne cessera, au travers de ses lecteurs les plus attentifs (Sartre, Blanchot, Camus, Barthes, Lacan...), de vouloir ressaisir.
    Ce livre a obtenu lors de sa première publication en 1985, le Grand Prix de la critique.

  • Sacrifice

    Eric Marty

    Sacrifice est l'histoire d'une circoncision.
    A l'origine, l'arrivée d'un roi à la souveraineté incertaine, puis celle d'un étranger dans un village à l'orée du désert. Le rêve du premier et les fausses prophéties du second révèlent à un enfant, héros de l'aventure, l'existence de ce rite mystérieux dont son sexe porte témoignage.
    La fiction s'organise ainsi autour de ce sacrement dans un monde où le symbolique s'effondre, où les affabulations, les mythomanies, les rêves, les faux-semblants gouvernent et rongent toutes les certitudes de l'enfant: le circoncis.
    Nous sommes dans un temps et un territoire archaïques non précisés.
    En quittant son village pour se rendre à travers le désert dans une grande cité d'Orient, l'enfant connaîtra avec une prostituée la possibilité de nouer sa vie à un fil moins énigmatique. Mais l'espace de la ville n'est sans doute pas moins menteur, mystificateur et meurtrier que celui d'où il vient.
    Le roman, à la fois burlesque et cruel, associe le mythe et sa parodie, l'initiation érotique et les contre-initiations perverses dans un univers où la mort, la destruction et le désir sont conjointement les enjeux immédiats de l'existence. Et ceux de l'écriture même du livre.

  • L'argument du cours a été le suivant : on a défini comme relevant du Neutre toute inflexion qui esquive ou déjoue la structure paradigmatique, oppositionnelle, du sens, et vise par conséquent à la suspension des données conflictuelles du discours. Le relevé de ces inflexions s'est fait à travers un corpus qui ne pouvait être exhaustif ; cependant, les textes des philosophies orientales et mystiques se sont trouvés naturellement privilégiés. [...] A travers des touches successives, des références diverses (du Tao à Boehme et à Blanchot) et des digressions libres, on a essayé de faire entendre que le Neutre ne correspondait pas forcément à l'image plate, foncièrement dépréciée qu'en a la Doxa, mais pouvait constituer une valeur forte, active.
    R. B.
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